Les Huguenots du Pays messin au Refuge à Berlin

 

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                                                                            et savoir-faire des Huguenots messins

                                                        au service du Brandebourg

 

 

 

 

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 1)Le prestige de la langue française à la Cour des Hohenzollern

 

    Les réfugiés  avaient un atout de taille à leur arrivée en Brandebourg, celui de la culture française d'autant plus que le Grand Electeur était lui même très francophile La langue française était courammant usitée à la Cour et il était de bon ton de ne parler que le français dans les milieux de l'aristocratie allemande . Ce fut tout bénéfice pour nos réfugiés comme on va le voir. Les souverains donnèrent l'exemple les premiers en confiant l'éducation des princes et princesses à des précepteurs et préceptrices français. Ainsi, le roi Frédéric I confia l'éducation de sa fille la princesse Louise Sophie Dorothée  à la très messine Marie d'Ingenheim, sœur du déjà cité Claude d'Ingenheim, les ex-seigneurs de la Grange-aux-Dames.(Voir le port de Metz)


    Mais le plus bel exemple de huguenot éducateur de princes est sans doute celui de Jean-Pierre Frédéric Ancillon, l'arrière petit-fils du vieux pasteur messin David Ancillon. Alors, rendez-vous au cimetière français des Huguenots dans Chausseestrasse (Berlin). Parmi les tombes aux noms bien français , la sépulture de celui qui fut le précepteur du roi Frédéric Guillaume IV. La longue épitaphe rédigée en français résume à elle seule la reconnaissance que les Hohenzollern éprouvaient à l'égard des réfugiés huguenots en général par l'intermédiaire de l'un de leurs descendants et représentants: Jean Pierre Frédéric Ancillon (1767-1832)

 

 

2)-La fondation en 1689 du collège français de Berlin, l'ancêtre du Französisches Gymnasium

 

(voir le site: http://www.fg-berlin.cidsnet.de/geschichte.htm)

    

    Les huguenots avaient toujours pour principe de créer une école là où se trouvait un temple. D'une manière générale, ils étaient très soucieux de l'éducation des enfants. La qualité de l'enseignement dispensé à l'époque fit que bien des familles allemandes envoyèrent leurs enfants au collège français ne serait-ce que pour y apprendre la langue puisque l'enseignement y était exclusivement dispensé  en français.    On y enseignait à lire et à écrire, l'arithmétique, les principes de la religion, les Belles Lettres et la philosophie. Directeurs, inspecteurs, professeurs  ne manquèrent jamais parmi les réfugiés même messins: (on ne citera que ceux-là)
-Charles Ancillon (né à Metz en 1659-mort à Berlin en 1715),  juge supérieur des colonies françaises du Brandebourg, fut le premier directeur du collège français.


-François Bancelin, né à Metz, mort à Berlin en 1703, fut inspecteur en 1690


-Paul Goffin, né à Metz, conseiller de Cour, mort à Berlin en 1734 âgé de 83 ans, inspecteur en 1695, c'est lui qui avait été banni en Martinique en compagnie d'autres messins   refusant d'aller à l'église catholique après avoir abjuré (Voir notre livret intitulé "Les absents du royaume" et notamment le récit de Jean Olry)


-Claude d'Ingenheim, mort à Berlin en 1725 âgé de 72 ans, inspecteur en 1700.


-Louis Malchar, docteur en droit, inspecteur en 1708


-Pierre Carita, né à Metz, doyen du Collège de Médecine, agrégé en 1722 à la Société Royale des Sciences (Académie) fondée en 1700 par Frédéric I et dont le premier directeur fut
Leibniz   


-Benjamin de Fériet, né à Metz, mort en 1767, inspecteur en 1719


Dans le corps enseignant, une famille messine de mathématiciens, les Naudé: Philippe Naudé père est né à Metz en 1654 et décède à Berlin en 1729. Son fils Philippe Gabriel, né à Metz en 1684, fut membre de l'académie Royale des Sciences  fondée en 1700.

 

Les études philosophiques de Louis Frédéric Ancillon dans les Mémoires de l'Académie Royale des Sciences et Belles-Lettres de Berlin, de même que les travaux de Philippe Naudé fils, sont accessibles sur le site: http://bibliothek.bbaw.de/

 

 

 

Conclusion: La francophilie des Hohenzollern trouve son apogée sous le règne de Frédéric le Grand

  ( Frédéric II, 1712-1786) hôte de Voltaire à Sans-Souci (Potsdam), le défenseur de Calas

                          sans parler de leurs nombreux échanges épistolaires( en français).

 

Oeuvre de Adolph von Menzel, 1850. A Sans Souci, Voltaire à gauche hôte de Frédéric le Grand

 

 

3)-Le démarrage de l'économie

 

 

   Que promettait l'édit de Potsdam pour attirer en Brandebourg le plus possible de gens de métier?
Article VIII: Tous ceux qui voudront entreprendre quelque manufacture et fabrique soit de draps, étoffes, chapeaux ou de telle autre sorte de marchandises qu'il leur plaira, ne seront pas seulement pourvus de tous les privilèges et franchises qu'ils pourront souhaiter, mais nous ferons en sorte qu'ils soient aidés d'argent et de telles autres provisions et fournitures qu'il sera jugé nécessaire pour faire réussir leur dessein."

 

En clair, celui qui voudra créer une entreprise de quelque nature que ce soit, sera non seulement aidé financièrement, mais encore les matières premières lui seront-elles fournies (cuir, drap, laine, métaux précieux pour les orfèvres et joailliers etc...).

   Des conditions certes avantageuses qui faisaient pâlir d'envie les autochtones mais encore indispensables car il ne faut pas perdre de vue que la majorité des réfugiés arrivaient à Berlin démunis de tout. Seuls les nobles et la haute bourgeoisie messine avaient réussi à transférer en Brandebourg leur fortune, mais ils trouvaient comme on l'a vu précédemment d'autres emplois .

    Cela dit, deux nobles messins ont contribué à l'essor des manufactures en Brandebourg:


     -Pierre de Maizery (orthographié Mézery), alias Pierre Persode, ex seigneur de Maizery;(car  les émigrés se faisaient connaître sous le nom de la terre dont ils détenaient la seigneurie en France).


    -Armand Maillette de Buy, seigneur de Buy(Antilly)
    Tous deux remplirent la fonction d'inspecteur général des manufactures et furent à ce titre responsables du développement économique du Brandebourg alors très en retard par rapport aux autres puissances européennes.

   Ils contrôlaient par exemple la manufacture de Louis Lejeune originaire de Metz, installé à Soest en Westphalie et dont le secteur d'activité était la teinture (le pastel). Les conditions avantageuses dont les réfugiés bénéficiaent pour démarrer  leur entreprise,avaient comme contre partie une obligation de résultats  et un suivi de la part des dits inspecteurs.

    Le succès des manufactures travaillant la laine fut rapide car en l'espace de deux ou trois ans elles fabriquèrent assez pour fournir le pays en étoffes qu'il avait fallu jusque là faire venir de l'étranger.

Il est un autre secteur d'activité non pas créé par les réfugiés mais relancé depuis son extinction en Brandebourg après la guerre de Trente Ans: la tannerie . Les messins dont c'était la spécialité continuèrent en Brandebourg leur métier: Jean Hian; Daniel Claude; Abraham Remy; Daniel Delagarde tous établis à Berlin; tandis qu'Isaac Séchehaye construisait un moulin à tan à Prenzlau.
Par ailleurs, les réfugiés avaient apporté avec eux des métiers encore inexistants à leur arrivée (fabrication de gants, de chapeaux, industrie de la soie, orfèvrerie, horlogerie...)et c'est dans ce domaine que l'apport qualitatif du Refuge est le plus évident , ils importent l'industrie du luxe auquel tout français était habitué mais que les Allemands découvraient seulement, ils importent le raffinement de la société française dans tous les domaines et ce  dans un pays où les
mœurs étaient réputées rudes.

 

    Conclusion:

    En quelques décennies, les huguenots ont contribué à combler le retard économique et culturel du Brandebourg par rapport aux autres nations européennes. Certes le départ massif des protestants à l'étranger en cette fin de XVII è siècle a nui à la France, ne serait-ce qu'à cause de la fuite des capitaux , sans parler des officiers qui sont allés grossir les rangs des armées ennemies, pas seulement en Brandebourg mais aussi dans les autres pays du Refuge comme l'Angleterre et les Provinces-Unies. Mais ce départ massif n'a pas provoqué de crise économique grave dont la France ne se serait pas remise, et l'on peut dire que les Huguenots exilés ont plus apporté au Brandebourg qu'ils n'ont fait perdre à la France.

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