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Les Huguenots du Pays messin au Refuge à Berlin  

 

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                                                                                   des colons messins à Berlin

 

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 1)- Les chefs de file de l'exil des protestants messins : la famille Ancillon

      

   

 

      Quelques chiffres:

 

En 1700, 14.280 réfugiés français sont répartis dans tous les états du Brandebourg, sur ces 14280 réfugiés, 1539 sont Messins, et parmi ces derniers, 1130 sont installés à Berlin, représentant ainsi et de loin le groupe régional le plus fort soit le quart des réfugiés huguenots à Berlin par rapport à ceux venus des autres provinces françaises.

 

     

 

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     Dès lors une question se pose: pourquoi cet afflux massif des Messins vers l'Allemagne en général et Berlin en particulier?

On se souvient que dès la révocation de l'édit de Nantes d'octobre 1685, tous les pasteurs de France furent bannis du royaume s'ils refusaient de se convertir au catholicisme, de sorte que les quatre pasteurs de Metz durent s'exiler à l'étranger, à savoir: Paul Joly, François Bancelin, Isaac de Combles et pour finir le doyen des pasteurs: David Ancillon, alors âgé de  68 ans.

     Ce dernier choisit Berlin car il avait été recommandé au Grand Electeur par l'ambassadeur de ce dernier à Francfort/Main: Monsieur Mérian . Quelque temps plus tard, deux de ses fils le rejoignirent à Berlin, Charles et David Ancillon, deux éminents juristes. Dès lors on comprend pourquoi les Messins préférèrent Berlin où ils allaient retrouver leur pasteur, leur guide spirituel bien connu , bref de quoi atténuer leurs appréhensions fort  légitimes.

      Buste de Frédéric-Guillaume , Grand Electeur-Musée huguenot de Berlin-Gendarmenmarkt  

2) Les protestants Messins ne sont plus des proscrits de France mais des colons  du Brandebourg

       

 Libre exercice du culte dans toutes les colonies, édification de temples et nomination de pasteurs:

 

L'exemple de Berlin-Gendarmenmarkt:

    

-Le Grand Electeur et ses successeurs avaient parfaitement compris que le mobile profond du départ des Messins en Brandebourg était d'ordre strictement religieux: ils avaient tout quitté, tout abandonné, consenti d'énormes sacrifices pour pouvoir vivre librement leur foi calviniste en terre étrangère. C'est pourquoi les promesses de l'édit de Potsdam furent tenues tant sur le plan des besoins matériels que sur celui des besoins spirituels, avec naturellement le libre exercice de la religion réformée. A ce propos, l'article XI de l'édit de Potsdam disait ceci:

 

  "Dans chaque ville, nous(le Grand Electeur)entretiendrons un ministre(pasteur) et ferons assigner un lieu propre pour y faire l'exercice de la religion en français selon les coutumes et avec les mêmes cérémonies qui se sont pratiquées jusques à présent parmi eux en France."

 

  En clair, partout dans le Brandebourg, (et pas seulement à Berlin, voir la carte du Refuge), partout où les réfugiés français seront regroupés pour former une "colonie", un pasteur sera nommé et payé par le Grand Electeur avec un lieu de culte assuré. Ainsi les voeux des exilés étaient-ils comblés, cette liberté de culte étant au même moment inconcevable en France où Louis XIV continuait de tourmenter les "religionnaires".

 

Mais revenons à Berlin: l'arrivée massive de réfugiés français, arrivée qui se poursuivit jusqu'à la fin du XVII è siècle, provoqua les effets souhaités par le Grand Electeur et ses successeurs à savoir l'agrandissement de la ville par la création de nouveaux quartiers tels la "Friedrichstadt", quartiers peuplés essentiellemnt de colons français qui désiraient avoir le plus vite possible leur temple où faire le culte dans la langue française.

Ce temple se situe sur l'actuelle place de Gendarmenmarkt,il fut inaugué en 1705 et peut être considéré comme l'édifice le plus ancien mais aussi l'endroit le plus symbolique du Refuge et de sa vie spirituelle.

   

 Des réfugiés messins sont à l'origine du projet:

 

 1)-Charles Ancillon, le fils du pasteur David Ancillon déjà cité;
 

 2)-Louis Le Bachellé qui avait été nommé trésorier du successeur du Grand Electeur, à savoir Frédéric I roi en Prusse à partir de 1701. Louis Le Bachellé était issu d'une famille de notables messins, de la noblesse de robe et d'épée , co-seigneurs du Ban Saint-Pierre et de Servigny-lès-Raville;
 

 3)-Armand Maillette du Buy, seigneur de Buy(Antilly) et époux d'Elisabeth de Vigneulles qui peu après son arrivée à Berlin fut nommé par le Grand Electeur conseiller privé de guerre et inspecteur général des Manufactures du Brandebourg-Prusse.

 

Tous ces calvinistes Messins (et d'autres )collaborèrent donc au projet qui leur tenait tant à cœur et qui constituait la raison première de leur déracinement, à savoir l'édification d'une église spécifiquement française dans le nouveau  faubourg de la Friedrichstadt. La première pierre fut posée en juillet 1701 par le prince héritier de la couronne , le futur roi-sergent (der Soldatenkönig), Frédéric Guillaume I .

    Les plans de ce temple avaient été élaborés par un réfugié huguenot  architecte militaire: Jean Louis Cayart (né en 1645 à La Capelle dans l'Aisne, époux de Judith Ancillon et mort à Berlin en 1702); ironie du sort, c'etait un ancien élève du célèbre Vauban, chargé des fortifications de Verdun, ceci constitue l' exemple parfait de ce que l'on peut appeler un transfert de compétences et qui pourrait illustrer l'expression populaire "travailler pour le roi de Prusse"...au sens propre

Le style architectural du temple s'inspirait très symboliquement de celui du temple de Charenton  (temple de Paris) démoli en 1685.

 

 

   intérieur du temple

 

 

 

L'Eglise française de Berlin: ses pasteurs et ses ressources généalogiques: set08_continue_on.gif

                                                                                                                          

 

 Nomination des nobles messins aux plus hautes fonctions administratives-

 

    Le Grand Electeur entendait que les nobles français eussent  en Brandebourg un train de vie à peu près semblable à celui qu'ils avaient en France. Or, certains avaient certes réussi à emmener avec eux tout ou partie de leur fortune comme Benjamin Chénevix de Béville, seigneur de Béville, (ferme-château près de Retonfey) mais beaucoup d'autres ayant  été victimes de la  confiscation  de leurs biens , se trouvaient dans la précarité. C'est pourquoi le Grand Electeur multiplia pour eux les fonctions diplomatiques tout autant qu'honorifiques ouvrant droit à des pensions, ainsi  trouve t-on  parmi les réfugiés nobles beaucoup de "conseillers de Cour", ou de "conseillers d'Ambassade".

 

   A titre d'exemple on peut citer le messin Claude d'Ingenheim , un des onze enfants de Jean d'Ingenheim, seigneur de la Grange-aux-Dames et de Marguerite Mozet qui viennent s'installer à Berlin. On dit que le Grand Electeur prit souvent sur sa cassette personnelle pour  financer l'aide aux huguenots.


   Inversement, le Grand Electeur et ses successeurs savent mettre à profit les talents et les compétences de chacun: ainsi, le messin Charles Ancillon, juriste de formation, fut-il nommé au poste de juge supérieur de toutes les colonies françaises du Brandebourg sachant que les colons-réfugiés bénéficiait d'une entière autonomie juridique, ils avaient leurs tribunaux à eux, les litiges entre colons se réglaient entre Français et selon le droit français; au point que "la nation française" comme on disait à l'époque pour désigner l'ensemble des réfugiés , formait une sorte d'état dans l'état. Charles Ancillon était par ailleurs  chargé de l'établissement du
rôle des réfugiés français dans le Brandebourg, en clair de leur recensement périodique.

 

 

 

Liste des réfugiés français dans les états de Frédéric-Guillaume-1699

 

-Les militaires

    

    A l'époque de la révocation, une grande partie de la noblesse protestante française faisait carrière dans les armes. Louis XIV tenta d'acheter leur conversion au catholocisme par des promotions , l'obtention de régiments et autres moyens de séduction. Inutile de dire que ceux des officiers qui résistèrent à la tentation faisaient partie des plus sincèrement attachés à leur foi calviniste.

   Toujours est-il que l'on estime à 3000 le nombre d'officiers protestants ayant émigré dont 500 établis en Brandebourg.

    Ce sont des recrues de qualité qui maîtrisent l'art militaire et qui ont permis à Louis XIV de remporter d'éclatantes victoires. Pour "éponger" cet afflux de militaires, le Grand Electeur ne voit qu'une solution: créer de nouveaux régiments sous le commandement  des réfugiés français.

    Ainsi les bases étaient jetées de ce qui allait devenir par la suite et sous les règnes des successeurs de Frédéric Guillaume,une des armées les plus puissantes de toute l'Europe, instrument de conquête territoriale et de l' expansionnisme allemand au cours des siècles suivants jusqu'à la fin du  long règne des Hohenzollern en1918.

 

     

 Citons quelques noms d'officiers messins réfugiés et ayant terminé leur carrière au service du Brandebourg: 


   
Jacques Laumosnier, marquis de Varennes, né à Vaux près de Reims, il eut pour parrain Louis XIV, ce qui lui valut dès le berceau une Compagnie avec le brevet de capitaine. En France il commanda un bataillon du régiment du Maine dont la plupart des officiers étaient protestants, ce qui explique qu'un grand nombre parmi ces derniers le suivirent dans sa fuite à Berlin.

 

    Son beau-frère, Jean Manassé D'Orthe, seigneur de Courcelles-Chaussy, Grimont, Montoy, et autres lieux, était capitaine au régiment de Piémont en 1684. Tous deux font partie du groupe de fugitifs au départ du château d'Urville en décembre 1685.(Voir notre brochure "Les absents du royaume"op.cité). C'est ainsi que fut créé à Berlin le régiment de "Varennes"  et d'Orthe en fut nommé lieutenant-colonel.


 Citons encore
Jean Rimbert Streiff de Löwenstein, ex-seigneur de Diedendorf et de Fresnois(Bazoncourt), nommé commandant de la place de Francfort/Oder par le grand Electeur.

André Jean de Persod, ex-seigneur de Dommangeville, Jean Gédéon d'Ozanne...
    

Au cours des conflits armés qui par la suite opposèrent les Français aux Allemands, on retrouvera dans l'Etat-major allemand bien des noms à consonnance française, les descendants des réfugiés huguenots, ne serait-ce que Bruno et Herman von François...

 

 

    Pour clore la question, on pourra lire dans l'ouvrage de Aimé Bonifas et Horsta Krum, auteurs de "Les Huguenots à Berlin et en Brandebourg de Louis XIV à Hitler", le passage suivant:

 

   " Enfin, et ceci est de la petite histoire; dans l'agonie de l'Allemagne en avril 1945, un déporté évadé, traqué de toutes parts par les SS, trouva un secours inespéré en la personne d'un officier du service de santé. Cet Allemand dont nous avons écrit qu'à cause de ce geste d'humanité il serait beaucoup pardonné, des amis allemands l'ont retrouvé en 1978.

    C'était le Docteur en médecine Jochen Loyal(1916-1985) qui exerçait à Bismark(Altmark) et était fier de descendre de huguenots en ligne directe.

   Son ancêtre, Abraham Loyal (1660-1730,  paysan-tisserand de Landonvillers qui abjura à Courcelles-Chaussy avec tous les autres  sous la pression des dragons de Pinsonnel le 29 août 1686) avait émigré avec sa famille en 1689, successivement à Prenzlau( nord de Berlin), à Strassburg dans l'Uckermark(nors-est de Berlin), puis à Semkuhnen en Prusse orientale".

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