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Les Huguenots du Pays messin au Refuge à Berlin

                           Journal de Paul Gayet de Metz

 

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Journal inédit d’un fidèle de l’ancienne église réformée de Metz (1685-1710)

Paul Gayet , pelletier en Fournirue

Témoin et victime des persécutions exercées en cette ville contre les confesseurs de la vérité .

D’après un manuscrit trouvé à Dornholzhausen (Hesse-Hombourg) en 1862 par le pasteur E.Couthaud.

 Papiers Othon Cuvier-BHPF-Mss 777-Le Retranchement-Photo J.Vincler-2006

-Le 20 octobre 1685 , le temple du Retranchement fut fermé à sept heures du soir par le major de la ville qui se saisit des clés.

-Le 22 dudit mois fut commandé du monde pour la démolition dudit temple jusqu’aux fondements. Dans la démolition du temple qui se fit le 23 octobre 1685, les romains crurent beaucoup contribuer à notre malheur en posant une croix fort haut envissée où avait été la chaire de vérité.

 

Et dans l' arrêt de révocation il fut publié que les écoles particulières pour l’instruction des enfants de la religion prétendue réformée sont supprimées. De plus les enfants qui naîtront de ceux de ladite religion seront baptisés à l’Eglise romaine.

Le même jour, 22 octobre 1685, les portes de la ville furent fermées à ceux de la religion prétendue réformée, aux hommes, femmes et enfants qui ne pouvaient sortir à la campagne pour leurs affaires particulières sans passeport du commandant de la ville, et pour cet effet on introduisit des chevilles plates qui se fourraient dans une planche percée . En sortant de la ville, on prenait ces dites chevilles à la première sentinelle où étaient deux bourgeois romains qui les distribuaient à tous les passants de la R.P.R. , lesquels les rendaient à la dernière sentinelle qui les replaçait dans une autre planche de même que la première et ce, afin que personne ne pût passer sans être vu .

-Le 23 décembre 1685, plusieurs personnes de Metz étaient allées sur les remparts des retranchements pendant la plus grande partie de la nuit pour entendre des chants de psaumes qui se chantaient dans les airs ; ce qui est certifié par plusieurs personnes; même des soldats romains qui étaient  en sentinelle près du temple démoli, ont entendu des voix dans l’air. Il leur fut défendu par l’état-major d’en rien publier par la ville. Cette même nuit plusieurs personnes s’étaient rendues au haut du rempart, vers une heure du matin, et tout était tranquille ; mais tout à coup, il s’éleva un vent venant du côté du levant , lequel était accompagné de plaintes et gémissements . Lesdites personnes furent tellement saisies qu’à peine purent-elles, à leur retour, raconter ces tristes lamentations qu’elles avaient ouïes .

Durant cette même nuit, une troupe considérable de gens de la religion réformée s’était rassemblée à Urville (château de Courcelles-Chaussy) à trois lieues de Metz, pour aller ensemble chercher à prier Dieu dans un autre royaume où ce fût permis puisqu’en France les temples étaient abattus. Ils furent poursuivis par les persécuteurs de Hombourg (Palatinat) qui eurent avis de leur marche. La Bretesche (marquis de), gouverneur de Hombourg fit une action indigne d’un homme de qualité ; il se mit à la tête de ces persécuteurs et fut à grande hâte à leur poursuite. Il les trouva dans une petite prairie au village de Ramchten [1](Ramstein), terre du Palatinat, hors du royaume de France, à l’entrée des forêts de Kaiserslautern .



[1] Ramstein : village détruit en 1688 par les armées françaises qui à cette époque réduisirent le Palatinat en un désert sous prétexte de revendiquer la succession de l’électeur Charles mort en 1685 sans héritier mâle. Philippe-Guillaume de la maison de Neubourg   lui succéda(1685-1690) malgré les prétentions de Louis XIV qui réclamait cet électorat du chef de son frère , Philippe d’Orléans, époux d’Elisabeth Charlotte sœur du prince palatin défunt . Cette exécution inhumaine força les 272 exilés vaudois qui dès 1687 avaient trouvé refuge dans les états de Philippe-Guillaume   aux environs de Mosbach et de Bretten, de s’enfuir en toute hâte et de se retirer en Suisse et en Wurtemberg .

 

Là, ils furent attaqués par ledit La Bretesche ,avec sa troupe, conformément à l’heure où l’on avait entendu le 23 décembre 1685 à une heure après minuit ces voix si fort oppressées depuis les remparts du Retranchement. Ils se défendirent vaillamment . Les persécuteurs n’eurent que Mr de Lallouette de Vernicour, conseiller au Parlement de Metz, qui se rendit avec deux jeunes officiers à Landsthul, passant la nuit dans les bois. Tous les trois étant habillés de toile furent pris. De même Mr Duclos, gendre de Mr Genette(Jennet), ministre de Courcelles, ainsi que sa femme. Mr Jacques Le Bachellé, ayant eu son cheval tué sous lui, fut pris, faisant voie à une damoiselle d’Ozanne qui s’échappa. Une demoiselle Collet et quatre enfants de Mr Duclos, avocat au Parlement de Metz, furent faits prisonniers et menés à Hombourg .

-Le 12 janvier 1686 fut vérifiée la déclaration de Louis XIV portant défense à tout catholique de se servir de domestiques de la R.P.R.et dans cette même déclaration, défenses sont faites aux dits réformés de se servir de domestiques autres que catholiques  romains à peine de 1000 livres d’amende pour chaque contravention.

-Chose horrible que ces déclarations : il est ordonné à des juges ou autres établis pour cela, d’aller visiter les malades de la religion réformée à l’article de la mort pour savoir dans quelle religion ils veulent mourir ! Cela ne s’est pas vu dans tous les siècles passés, même sous les empereurs payens. Aujourd’hui, un curé ignorant vient crier aux oreilles de nos mourants , pour toute consolation, que s’ils meurent dans la R.P.R., ils seront damnés comme des diables.

-Le 2 juillet 1686 partit de Metz à 7 heures du matin, pour les galères, une chaîne où il y avait 8 personnes de la R.P.R. lesquelles avaient été condamnées pour avoir voulu se sauver hors du royaume de France pour fait de religion. Entre autres étaient les sieurs Nolibois, Mouzon et Ruzé de Metz, avec deux hommes de Sedan, accusés d’être guides et un homme de Dieppe. Leur chaîne était d’une prodigieuse grosseur, du poids de 7 à 800 livres.

-Le 28 août 1686 : par sa conduite le papisme prouve lui-même qu’il est l’antichristianisme ; on entend par là les soldats qui, par ordre du roi, entrent dans les maisons des réformés, l’épée dans une main, le pistolet dans l’autre, l’écume à la bouche, et les blasphèmes sur la langue, jurant par la mort, le sang et la tête de notre divin Sauveur et disant avec un rugissement de lion plutôt que d’une voix humaine : « Par là, il faut crever ou aller à la messe. » L’on voit ici les ministres de l’Antéchrist ; si le démon avait un Evangile, ce serait là sa manière d’y convertir les hommes.

Les dragons qui furent envoyés chez ceux de la R.P.R. le 28 août 1686 avaient ordre du roi Louis XIV de les obliger à changer de religion et même de les contraindre par toutes les voies de rigueur ; de les faire signer leur changement. Une famille pouvait avoir à loger de trente à quarante soldats chez elle jusqu’à ce que tous les membres de la famille eussent signé leur changement( leur abjuration).

Tous les réformés messins en moins de trois jours cédèrent et se firent catholiques, à la réserve de quelques-uns qui ont mieux aimé souffrir le cachot et être menés aux galères, même être envoyés en Amérique ( en déportation à la Martinique) plutôt que de désobéir au Seigneur.

L’Eglise de Metz, l’un des nombreux troupeaux qu’il y avait en France, n’a produit que neuf à dix fidèles témoins qui ont résisté à la rage des persécuteurs. Il faut, à leur louange, marquer leurs noms :

Noms des véritables réformés de l’Eglise de Metz qui ont résisté à tout :

-M. de Souchay, seigneur de Mainvilliers, gentilhomme
-M. de Chaufaye, gentilhomme, il mourut dans un cachot de la citadelle de Metz 
-M. Jean de la Cloche, plus tard secrétaire de la Compagnie d'Amérique à Berlin
-Pierre Simon, chaussetier
-Jean Nocré, fils
-Jean Marc; vigneron de Lessy
-Damoiselle Louise Duclos, menée dans un couvent hors du royaume
-Damoiselle Goffin, menée avec les hommes en Amérique.
-Daniel Guerse, cordonnier, époux de Marie Georgin

 

-Le 5 novembre 1686, la cour du Parlement commençant à exécuter les ordres du roi Louis XIV, a rendu des jugements sur les cadavres en la ville ce Metz. Le premier jugement fut rendu sur le cadavre de Daniel Robin, cordonnier , rue de la Trinité à Metz, , nouveau converti de 52 ans ; il a refusé les derniers sacrements du prêtre et est mort protestant. Etant mort, son corps fut porté à la prison pour le procès au cadavre ; ce dernier fut condamné à être traîné sur la claie depuis la prison jusqu’à la voierie (cloaque recevant toutes les ordures de la ville) où il fut jeté. Un méchant garnement étant sur le champ de la voierie lui frappa la tête d’un coup de pierre et lui fit sauter la cervelle. Et de plus, lorsque l’on fut chez lui pour prendre son cadavre, et le mettre en prison, on le jeta du haut de l’escalier en bas.

-Sur la fin de septembre 1686 , partit de Metz une chaîne (de galériens) où il y avait trente personnes de la religion réformée, lesquelles étaient condamnées aux galères pour avoir voulu se sauver de France et aller prier Dieu en liberté dans un autre royaume puisqu’il était défendu de le faire en celui de France à ceux de la religion réformée. Pierre Dozet, monteur d’armes de profession, fort âgé et très incommodé de la goutte, était dans cette chaîne tout le dernier à cause de sa grande incommodité. Il s’y trouvait aussi trois femmes qui le soulagèrent beaucoup jusqu’à sa mort qui lui survint sous l’accablement de ses chaînes. Un autre de la religion mourut aussi en ladite chaîne au village de Montigny.

-Sur la fin de novembre 1686, M.Paul de Chenevix, doyen des conseillers du Parlement de Metz, âgé de 80 ans, assis depuis 53 ans ans sur les fleurs de lys,(noble) vint à mourir sans avoir voulu communier. L’évêque de Metz, le gouverneur, le procureur du roi et les principaux  membres du Parlement tentèrent en vain de le convaincre.Quand il fut mort, son corps fut mené à la prison dans son carrosse et condamné par le présidial à être traîné sur la claie. Le parlement qui eut quelque horreur de voir ainsi traité le plus ancien membre de sa compagnie, suspendit l’exécution de la sentence. Mais un ordre vint de la cour pour l’exécuter, ce qui eut lieu en effet le 28 dudit mois de novembre 1686.

Ce vénérable corps fut dépouillé tout nu, sans la moindre couverture, même sur les parties. Le peuple jeta à ce spectacle des cris perçants vers le ciel et les réformés firent une action qui doit être immortalisée. Quand le corps eut été jeté à la voierie, ils l’enlevèrent et l’enterrèrent honorablement, dans un petit cercueil où l’on avait enfermé ses entrailles, dans un jardin voisin de la voierie. Plusieurs femmes et filles chantèrent sur le lieu de la voierie le psaume LXXIX : « Ils ont jeté les corps de tes serviteurs morts aux corbeaux pour les paistre. »

Plusieurs écoliers romains(catholiques) voyant deux jésuites fort près d’eux, se crurent assez forts pour attaquer ces femmes et filles qui chantaient ledit psaume ; mais ils furent repoussés par elles, quoiqu’elles n’eussent pour toute défense que des ossements qu’elles trouvaient sur la voierie.

-Au mois de décembre 1686 mourut Madame Baudesson, femme du sieur Baudesson, marchand. Elle était âgée de 70 ans. Pendant sa maladie elle repoussa toutes les tentations des prêtres. Etant morte, elle fut portée à la prison pour y être jugée comme le précédent. Son cadavre fut aussi traîné sur la claie , jeté à la voierie. C’est odieux de voir ces femmes dont on prostitue la pudicité après la mort en les exposant aux yeux des hommes.

Après que ces trois personnes eurent été traînées sur la claie, on cessa de le faire, parce que les réformés s’en glorifiaient   plutôt que d’en avoir honte. A mesure qu’ils mouraient, l’on obtenait la permission (qu’il fallait demander au procureur du roi et au curé de la paroisse) de les enterrer de nuit, en cachette, aux remparts de la ville, sans que personne pût suivre, si ce n’est quelques parents et de loin.

-Le 29 novembre 1687 fut enregistrée en parlement une déclaration du roi, portant que ceux qui auraient favorisé l’évasion des réformés hors du royaume, de quelque manière que ce fût, seraient punis de mort au lieu de la peine des galères ordonnée par la déclaration du 7 mai 1686, et ordonnant à tous les paysans catholiques-romains du royaume de veiller après ceux de la religion réformée qui se sauveraient du royaume, de s’en saisir, de les tuer en cas de rébellion, si bien que l’on ne pouvait se sauver qu'avec l'aide de guides que l’on faisait  venir d’Allemagne, de Hollande et autres lieux, et à qui on donnait dix, quinze vingt pistoles par famille, même par tête, à cause de la grande difficulté des embuscades. On ne saurait dire combien de gens gémissent sous ces diverses oppressions la nuit dans les forêts et creux des montagnes ; ils n’ont pas peur des bêtes sauvages, mais craignent les humains.

-Au mois de décembre 1687, M. de Boufflers étant à Metz, fit commandement à plusieurs chefs de famille de la religion réformée de venir lui parler à son hôtel où il leur dit que le roi voulait que tous ses sujets allassent à la messe. Ces messieurs présents à ce discours ne dirent mot sauf M. Charles Goffin, seigneur de Malroy, avocat au parlement qui lui répondit que ce serait agir contre sa conscience s’il allait à la messe. Il fut arrêté prisonnier à cette réponse.

Ayant fait mettre le dit sieur Goffin en prison, on enleva quelques jours plus tard par ordre de M. de Boufflers :
-M.Adrien de Poeydaré, gentilhomme , capitaine au régiment royal des Vaisseaux et sa femme Marie Le Duchat
-M. de Rochefort et sa femme
-M.Jean Olry, notaire royal et sa femme.

Ceci eut lieu à 3 heures du matin, sans qu’on leur dît le sujet de leur arrestation. Aussitôt les hommes furent envoyés en Amérique et les femmes dans des couvents à Besançon. Mademoiselle Goffin fut envoyée avec son mari en Amérique

Le 22 décembre 1687 M. de Boufflers étant à Metz, ordonna, de la part du roi Louis XIV, à tous ceux de la religion réformée de porter tous leurs livres et la Bible à l’hôtel de ville. Il leur commanda d’aller à la messe du dimanche , chacun en sa paroisse, et le bannerot était commandé de se tenir à la porte de l’église pour les voir entrer les uns après les autres et les marquer sur un registre. Tous ceux qui manquaient recevaient aussitôt , derechef, des soldats à discrétion. (dragonnades).

-Sur la fin du mois de décembre 1687, le maire du village de Grosyeux (Augny) et son fils, furent condamnés à être pendus pour avoir voulu se sauver hors du royaume pour fait de religion. Ils eurent le malheur d’être attrapés par des paysans qui avaient ordre de guetter après tous ceux de la religion réformée qui voudraient se sauver du royaume et furent ramenés à Metz pour leur procès. Le présidial les condamna à être pendus tous deux.

-Le 6 janvier 1688 fut signifiée une déclaration du roi pour réunir à ses domaines les biens de ceux de la religion réformée qui sont sortis du royaume.

-Le 8 janvier 1688, M. Henri de Potet, maître échevin, fit charger dans de vilains tombereaux tous les livres qui sur ordre de Mr de Boufflers du 22  décembre 1687, avaient été portés à l’hôtel de ville. Ledit sieur de Potet ordonna qu’ils fussent menés sur la place d’Armes en face et placés l’un sur l’autre avec de la paille, savoir la sainte Bible et tous autres livres concernant la parole de Dieu, pour y être brûlés: (Autodafé de livres)On commença d’y mettre le feu à dix heures du matin, lequel dura quatorze heures sans s’éteindre ; minuit sonnant, ledit feu paraissait en cendres.

 

Après l’exécution du brûlement des livres de ceux de la religion réformée, il fut commandé aux réformés d’envoyer leurs enfants incessamment aux catéchismes romains, à l’église Sainte-Croix, le mardi à 4 heures du soir, et à Saint- Martin, le samedi à pareille heure. Les réformés faisant peu de cas de ces commandements, n’en firent rien.

M. de Boufflers étant à Metz lors de ces refus faits par les réformés d’envoyer leurs enfants aux catéchismes romains ordonna d’enlever 9 à 10 chefs des principales familles , ce qui fut exécuté si bien que de 3 à 4 heures du matin furent faits prisonniers :

-M.Le Bachellé, conseiller au parlement
-M. Le Bachellé, bourgeois
-M. de Fériet
-M. Etienne Malchar, banquier
-M. Carita, l’aîné
-M. Goulet, marchand à la Pomme d’Or, Place Saint-Jacques
-MM. de Montigny, frères
-Nicolas Pasquin, cordonnier, rue du Plat d’Estain.

Certains de leur enfants furent pris et envoyés chez les Jésuites, quant aux autres chefs de famille , on leur donna double logement de soldats.

-Le 11 novembre 1688, le prince d’Orange s’embarqua et mit à la voile avec un vent favorable pour aller mettre pied sur terre en Angleterre, avec une flotte composée de 60 vaisseaux de guerre , 500 flûtes, 60 petits bâtiments et 10 brûlots et ce sur la vocation (prière, appel) des peuples.Le 28 décembre 1688, il arriva en Angleterre, fit son entrée à Londres et alla au palais de Saint-James. Le peuple en témoigna sa joie par des illuminations .Le 23 février 1689, les seigneurs et communes d’Angleterre présentèrent au prince et à la princesse d’Orange l’acte par lequel ils les ont déclarés roi et reine d’Angleterre.Voilà donc un miracle en faveur de la Réformation : Jacques II, roi d’Angleterre a été détrôné sans coup férir parce qu’il la voulait détruire.

Les romains furent tellement épouvantés de l’arrivée du prince d’Orange en Angleterre que, croyant que tous les réformés de France lui offriraient main-forte pour le soutien de son entreprise, ils ordonnèrent le 12 novembre 1688 à tous les réformés de Metz de porter toutes leurs armes à l’hôtel de ville , pour y être enfermées comme il avait été fait partout ailleurs en exécution des ordres du roi, données à Fontainebleau le 16 octobre 1688.

-Mademoiselle Suzanne Collet,(voir tentative de fuite au départ d'Urville le 23-12-1685) fille qui fut faite prisonnière par La Bretesche, gouverneur de Hombourg le 25 décembre 1685, fut, après quelques jours de prison à Hombourg, enfermée dans la citadelle de Metz avec quatre enfants de M. Duclos , avocat au parlement. Peu de temps après, ayant la liberté de sa personne, elle tente une seconde fois de sortir du royaume, repasse à Hombourg, mais le charretier fut arrêté pour voir ce qu’il conduisait et ladite demoiselle fut trouvée renfermée dans un tonneau placé sur son chariot. Elle fut envoyée à Metz avec escorte et fut enfermée dans le couvent de Sainte Elisabeth, dans une petite chambre qui prenait jour sur la rue par une petite fenêtre munie de deux barreaux. Peu de temps après , elle coupe un de ces barreaux, attache une corde après l’autre, se glisse en bas sans se blesser, puis repart pour sortir du royaume et heureusement s’en échappe.

-Le 22 avril 1691, jour de la Quasimodo, plusieurs curés de Metz voyant la négligence de beaucoup de nouveaux catholiques pour la communion, quoiqu’ils l’eussent reçue plusieurs fois, les obligèrent ledit jour de venir à l’église la recevoir incontinent Ayant communié sans autre examen de conscience, il leur fut présenté des billets écrits sans leur consentement et ils signèrent pour la seconde fois qu’ils obéiraient aux lois de l’Eglise romaine.

-Le 16 juin 1691, Daniel Tiron(Tiriot, Thiriot), coutelier de la religion réformée, mourut. Ledit jour l’on fut demander au major de la ville permission de l’enterrer, comme à l’ordinaire, aux remparts de la ville ; il refusa de la donner. L’on alla la demander à M. de Givry, gouverneur de la ville, qui la refusa aussi. Il permit cependant d’enterrer ledit Tiron dans un jardin s’il en avait un. Mais n’en ayant point , on demanda à huit particuliers aussi de la religion réformée s’ils voulaient prêter sept à huit pieds de terrain dans leur propriété pour le mettre dans quelque coin. Ils refusèrent !

Ledit Daniel Tirion fut mis dans une charrette vers les dix heures du soir et conduit par deux soldats hors de la ville et enterré dans un jardin  au Sablon. Quelques jours après Daniel Tiron, on enterrait ceux qui mouraient en ville sur la plate-forme en Chambières, avec permission du gouverneur et de l’état-major.

-Au mois d’avril 1692, plusieurs jeunesses de la religion réformée, souhaitant se marier, les curés ne voulurent point le faire sans qu’ils reçussent la communion de l’Eglise romaine. La jeunesse sage et prudente n’en voulut rien faire, aimant mieux ne pas se marier. Mais le régiment de Castres était pour lors en garnison à Metz. Les jeunes s’adressèrent à l’aumônier qui n’était pas si scrupuleux sur les matières de cérémonie que les curés et sans difficulté, maria tous ceux qui se présentèrent à lui.

-Le 18 septembre 1692, à deux heures après-midi, il y eut à Metz un tremblement de terre considérable.

-En 1692 aux remparts de la Citadelle, dans le chemin couvert que l’on faisait aux environs d’icelle, fut trouvé enterré un corps, sans cercueil, à l’extrémité des fosses de ceux de la religion. Le major se trouvant là présent , le fit rouler dans ces terres, tout ainsi qu’on l’avait trouvé.

-M. de Rafin avait acheté la maison de M. de Pagny, ainsi qu’une autre petite y attenant pour en faire une magnifique des deux. Dans cette petite maison demeuraient des gens de la religion réformée et dans la cave d’icelle fut enterré, à cause de la grande difficulté qu’il y avait à inhumer ailleurs, un des réfugiés de Picardie qui pendant la persécution s’étaient sauvés à Metz, croyant y être mieux qu’en Picardie  et qui était mort en cette ville. Dans les décombres de cette petite maison que M. de Rafin fit abattre, on trouva, en creusant la cave pour la rendre plus profonde, au mois d’avril 1693, ledit corps cloué entre quatre planches. Mme de Rafin envoya chercher le bourreau de la ville qui prit ce corps, le mit dans un tombereau et fut le jeter à la voierie.

Les places de la ville où il nous fut permis d’enterrer ceux de la religion réformée, nos frères, depuis les arrêts rendus contre les cadavres en 1686, sont :
-La première sur le bastion des retranchements, près des grilles.
-L’autre bastion au même retranchement, près du moulin de la Basse-Seille
-Peu de temps après il nous fut permis de les enterrer sur la plate forme, à la porte de Chambièree, permission qui continue quant à présent.
-Chaque famille les enterrait aussi là où il leur était possible, dans les jardins, caves et granges.

 -Le 24 mai 1694 fut défendu aux curés de Metz et des villages du Pays messin de marier à l’avenir, comme quelques- uns l’avaient fait jusqu’alors, des personnes de la religion réformée à moins qu’elles ne fissent les cérémonies de l’Eglise romaine.

-Le 5 février 1696, M. Duclos, avocat en parlement, gendre de M. Jennet, a eu ses prisons ouvertes. Depuis le 21 août 1689 où il fut pris par ordre de M. de Boufflers et conduit à la Roche dans le comté de Chiny, il était privé de sa liberté. Il fut mis dans une tour où on lui donna du bois. Il fit du feu assez grand et il échauffa tellement cette tour qu’une quantité de rats sentirent la chaleur ou la fumée et descendirent en si grand nombre que le prisonnier en fut environné et qu’à peine pouvait-il se défendre ; alors il commença à crier par une petite fenêtre, si fort qu’il fallut le transférer ailleurs. Il fut mené dans la citadelle de Verdun.

Le 19 juillet 1697 fut fait prisonnier David Jullien, ci-devant lecteur de La Horgne au Sablon , pour avoir été trouvé à prier Dieu près d’un malade mourant de la religion réformée.

-L’abbé Brayer, docteur en Sorbonne, partit de Paris pour se rendre à Metz au commencement de l’année 1699 pour prêcher la controverse à l’église cathédrale tous les dimanches et jours de fêtes à quatre heures du soir et tous les religionnaires furent commandés d’y aller. Outre cela, il tenait des conférences publiques tous les mercredis en l’église des missionnaires, rue de l’Hôpital-Saint-Nicolas ; ce qui dura quelques mois. Après furent donnés des ordres à toutes les filles de la religion réformée depuis l’âge de 15 ans et au-dessus, de se trouver chez ledit sieur docteur qui logeait en la maison des Missions, et il avait avec ces filles des entretiens sur tous les points de l’Ecriture.

-Le 29 mai 1699, les bannerots des paroisses de l’Eglise romaine furent chez tous les religionnaires porter des ordres d’aller à l’église cathédrale, tous les dimanches et fêtes, à 4 heures du soir , d'assister à la controverse prêchée par le sieur abbé Brayer, docteur en Sorbonne.

-Le 4 juin 1700 mourut M. Grasset, avocat, seigneur de Failly lequel fut fort persécuté par le curé de Saint-Euchaire pour le faire changer de religion. Ce qu’il ne voulut faire. Après sa mort, on lui fit son procès pour lui confisquer ses biens .

-Le 10 juin, M. Abel, major de la ville, ordonna au concierge des portes de ne laisser sortir aucun réformé hors de la ville au sujet de la Fête-Dieu, comme plusieurs avaient coutume de le faire ledit jour.

-Le 15 juin 1700, M. Jassoy, apothicaire, eut ordre de fermer sa boutique et M. Malchar, médecin, fut aussi interdit d’exercice pour n’avoir pas rapporté au curé de Saint-Simplice la maladie du sieur Boudier, (et lui permettre ainsi de mourir protestant)

-L’hiver de 1709 a été l’un des plus cruels en froid dont on ait jamais entendu parler. La première semaine de janvier, il ne cessa de pleuvoir, d’une pluie fort douce pour la saison et même redoubla de tomber le 5 veille des Rois jusqu’à minuit. Le vent s’étant tourné au nord, nous amena une abondance de neige fondue qui dura jusque sur les deux heures du matin et alors cessa de tomber. Le vent se renforça à souffler avec grande violence accompagné d’une gelée des plus terribles qui fut jamais en mémoire des hommes et s’augmentant de jour à autre jusqu’au 1 mars suivant qu’il plut au Seigneur d’envoyer un vent d’orient qui tempéra le froid si piquant qu’à peine pouvait-on se trouver dans les rues.

Dans cet hiver, le bois des vignes fut entièrement gelé, sans aucune réserve dans toute la province et en beaucoup d’autres. La plus grande partie des arbres fut aussi gelée, surtout les noyers, les pêchers, les abricotiers, et la plupart des poiriers. L’on ne fit aucune récolte de foin, ni vendanges, ni moisson.

-Le 7 décembre 1709, sur les dix heures du soir, a été vu sur la ville de Metz, un signal éclairant toutes les rues comme plein midi.

Notes sur la page suivante du manuscrit (d’une écriture différente)  :

  • Paul Gayet mon père est décédé à Metz le 24 novembre 1722.
  • Marie Gayet née Roupeur (Roupert),   ma mère, est décédée à Hanau le 2 ami 1728
  • Paul Chardin huissier au bailliage, mon frère est décédé à Metz le 7 juin 1723
  • Elisabeth Marville, ma soeur, est décédée à Berlin le 1 mars 1725
 

 

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