Réale

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 Galère La Réale

book_blue.gif-L'article 10 de l'édit de révocation du 18/10/1685 interdit formellement à tous les  protestants de quitter le royaume, de partir à l'étranger . Les hommes qui seront pris et arrêtés lors d'une tentative de fuite seront condamnés aux galères à perpétuité.

book_red.gif-Un exemple de huguenots messins condamnés par le parlement de Metz: affaire du 7 juin 1687 (A.D.M./B.2206)
Sentence prononcée par le tribunal du bailliage de Metz à l'encontre de: 
1)-Jean Dozet, maître-arquebusier , bourgeois de Metz, demeurant en Nexirue
2)-Anne Barthel, femme de Jean Dozet;
3)-Daniel Willaume, jeune fils.
4)-Marie Collin, jeune fille.
Tous sont des nouveaux convertis   et sont déclarés coupables d'avoir voulu sortir du royaume sous la conduite d'un guide qu'ils avaient payé à prix d'argent. Jean Dozet et Daniel Willaume sont condamnés à servir le roi dans ses galères et ce à perpétuité; Anne Barthel et Marie Collin seront rasées et enfermées pendant toute leur vie dans un monastère de religieuses; leurs biens seront confisqués au profit du roi.

book_yellow_1.gif-Deux récits-témoignages sur les protestants messins dans les chaînes de galériens:Chaîne de galériens

1)-Extrait du "Journal inédit d'un fidèle de l'ancienne église réformée de Metz" par Paul Gayet-B.S.H.P.F.-1862
"
Le 2 juillet 1686, partit de Metz à sept heures du matin pour les galères une chaîne où il y avait huit personnes de la religion prétendue réformée , lesquelles avaient été condamnées auxdites galères pour avoir voulu se sauver du royaume de France pour fait de religion. Entre autres étaient les sieurs Daniel Nolibois, Josué Mouzon et Paul Ruzé de Metz, avec deux hommes de Sedan(dont Nicolas Duplessis) accusés d'être guides et un homme de Dieppe. Leur chaîne était d'une prodigieuse grosseur, du poids de 7 à 800 livres."

2)- Othon Cuvier (in "La persécution de l'Eglise de Metz") : Jean Dozet dans la chaîne des galériens:
"Le dimanche 29 juillet 1687, une chaîne de galériens quitta Metz par la porte St-Thiébaut. Le dernier se trouvait être un vieillard infirme , Jean Dozet, condamné le 7 juin pour avoir voulu sortir du royaume. Son gendre, Daniel Valleroy donnait le bras à son beau-père pour l'aider à marcher et à porter sa chaîne, il comptait l'accompagner ainsi jusqu'à Dijon. A Montigny on s'arrêta chez Pierre Goeury Vosgien qui malgré son abjuration   était néanmoins réformé(il tenait des réunions de Nouveaux Convertis chez lui, avait encore sa bible et son fusil chargé. C'était un opiniâtre et sans lui les autres réformés de Montigny n'auraient pas persévéré.Chez lui on avait préparé du vin et des viandes qu'on pût offrir à leur passage à ces martyrs de la foi (les galériens).Mais au moment de se remettre en route, sept ou huit des galériens furent pris de vives douleurs. Dozet mourut au delà de Montigny, trois autres expirèrent sur la route avant d'arriver à Jouy-aux-Arches. "
Peu après, les réformés de Montigny furent accusés par le parlement de Metz d'avoir voulu empoisonner leurs frères pour leur éviter le supplice des galères, ce qui donna lieu à un autre procès.
3)-Le même épisode dans une "lettre pastorale" de Pierre Jurieu du 1/10/1687
Pierre Jurieu(1637-1713): pasteur réfugié à Rotterdam où il est ministre de l'Eglise wallonne(Eglise protestante de langue française aux Pays-Bas). Il envoie tous les quinze jours des lettres à ceux qui sont restés en France pour les encourager à résister.Il a reçu de Metz le témoignage suivant qu'il rediffuse dans ses lettres : "Il y avait dans la chaîne le sieur Jean Dozet, arquebusier âgé de 55 ans, sa femme d'autre part ayant été condamnée à rentrer dans un couvent. Ce pauvre homme avait la goutte à la main (arthrite) quand il partit. Le procureur général donna ordre au maître de chaîne de le faire mettre sur une charrette au sortir de la prison, ce qui ne fut point fait car on le fit marcher au travers de la ville et demi-lieue à grands coups de bâton. Sa fille qui le conduisait lui soutenait sa chaîne et son gendre avec un de ses parents, le soutenait par dessous les bras car il était incapable de porter sa chaîne. Quand il fut à une demi-heure de la ville,une faiblesse le prit. Le peuple qui y était l'exhortait à la mort. Le maître de la chaîne fut contraint de le mettre sur une charrette après l'avoir rançonné. Il y passa un quart d'heure puis il rendit l'esprit au Seigneur, ayant la chaîne cadenassée au cou et aux mains. Un quart d'heure après, il en mourut encore deux ou trois."

book_blue.gif-Les galères au temps de Louis XIV   

(Pour une étude exhaustive, voir l'ouvrage de Gaston Tournier: "Les galères de France et les galériens protestants des XVII è et XVIII è siècles"aux Presses du Languedoc. 1984.
 Quelques explications concernant les galères royales : en 1696, Louis XIV disposait de 42 galères  nécessitant au moins 12000  rameurs voire plus en raison du taux de mortalité élevé. Les persécutions que subirent les protestants après 1685 vinrent donc à point pour alimenter la chiourme au point de commuer la peine de mort en celle de galères à perpétuité.
 La chiourme est divisée en cinq catégories de forçats: les Turcs(prisonniers ou esclaves), les faux-sauniers, les déserteurs, les criminels et les protestants.

  • Acheminement des condamnés

 

 

 

 

 


 

  • Arrivée à Marseille

-Trajet Metz-Marseille: la "chaîne"
Les condamnés  emprisonnés  attendent souvent pendant plusieurs semaines le passage de la chaîne qui doit les conduire à Marseille. Avant  leur départ ils sont marqués au fer rouge sur l'épaule droite des lettres infamantes G.A.L.
La chaîne désigne le cortège des condamnés qu'on mène à pied jusqu'au port où ilsdoivent subir leur peine (Toulon, Dunkerque, Rochefort ou Marseille). Chacun porte un collier de fer et ces colliers sont rattachés les uns aux autres par une courte chaîne qui les lie deux à deux. Ces chaînes leur causaient un vrai supplice car elles les contraignaient à faire ensemble le moindre mouvement.
Les protestants condamnés aux galères étaient ainsi accouplés avec des voleurs et des assassins, sans aucun égard pour leur  rang social, ni l'âge ni la maladie. On les menait en "montre" par les villes et les bourgs  afin d'épouvanter les  religionnaires témoins de ce spectacle.

 

 
 Le trajet se fait à pied jusqu'à Lyon où ils sont embarqués sur des bateaux plats vers Pont-St-Esprit. A partir de là le trajet se fait de nouveau à pied jusqu'à Marseille. Là,   
les condamnés entrent dans l'Arsenal où ils sont dépouillés de leurs hardes pour revêtir le costume de galérien. Le nom des forçats est inscrit sur les registres d'écrou avec leur signalement et des renseignements sur leur famille. Puis chacun est enferré et enchaîné. Certains meurent d'épuisement à l'hôpital des galères dès leur arrivée.

 

  • Sur les galères

 

 

 

  • La bastonnade
     

 Longs bateaux à fond plat, maniés par des rames et construits d'après les mêmes principes que les trirèmes antiques. Chaque galère contient 150 hommes d'équipage et la chiourme, c'est à dire 300 forçats , attachés à leur banc de jour comme de nuit et enchaînés  les uns aux autres, rongés par la vermine et la gale, le dos labouré de coups de corde.
La nourriture est insuffisante: pain noir, un peu de lard et  soupe de fèves à l'huile.

 

Peine le plus sévère que bon nombre de protestants subirent en raison de leur attitude pendant la messe à bord des galères. Beaucoup ne survivaient pas et mouraient à l'hôpital.

 Les deux derniers galériens furent libérés en 1775.

book_red.gif-Huguenots du Pays messin condamnés aux galères par le Parlement de Metz

Registre d'écrou

Origine

Commentaires

Pierre Mathieu

N°8324

Vigny

Arrêté par le prévôt de la maréchaussée de Sanry-sur-Nied le 4/6/1686 et condamné par arrêt du Parlement de Metz pour tentative de fuite hors du royaume en tant que guide de Mathieu et Jean Darnoual(Darnoval), de Marthe Sassy femme de Pierre Po, marchand de lin, tous de Metz.
Registre d'écrou: Pierre Mathieu, 30 ans, boucher, petite taille, nez plat. Libéré par ordre du roi le 24/7/1687.

Daniel Lawoelle

N° 8532

Semécourt

Boucher de la R.P.R., 26 ans, taille petite, cheveux noirs, visage rond, la lèvre relevée; condamné le 3/8/1686 par arrêt du Parlement avec Louis Moulon  pour avoir voulu sortir du royaume.
Libéré par ordre du roi le 14/4/1688.

Louis Moulon
 
N° 8533

Lorry-devant-le-Pont

Agé de 23 ans, sans vacation, taille haute et grosse, nez camus, visage gros.
Libéré par ordre du roi le 18/4/1688.

César Collignon
 
N° 9746

Metz

Maître tourneur à Metz, 64 ans, taille moyenne, cheveux blancs, condamné par le Parlement le 16/7/1687. Libéré le 8/3/1688. Condamné avec les 4 suivants:

Pierre Defaux
N° 9747

Metz

Sellier âgé de 30 ans, de bonne taille, cheveux noirs, époux de Elisabeth Leblanc, (arrêtée avec les autres et condamnée à être rasée et enfermée dans un couvent sa vie durant.),libéré le 10/6/1699.

Jean Bonnet
N° 9748
Mort à l'hôpital le 22/2/1688

Courcelles-Chaussy

Manouvrier, 75 ans, grande taille, poil gris, condamné comme guide des religionnaires fugitifs.

Louis Halanzy
N° 9749

Lorry-devant -les-Ponts

Vigneron, tonnelier, 27 ans, taille moyenne, fils de Tobie Halanzy.
Libéré le 8/3/1688.

Jean et Etienne Toussaint
N° 9750-51

Jussy

Jean: vigneron, âgé de 22 ans, taille grande, poil blond
Etienne, 21 ans, vigneron; tous deux fils de feu Abraham Toussaint de Jussy.

    Jean Grosjean
    N° 9752
    Mort à l'hôpital le 13/1/1698

Scy

Jean Grosjean natif de Scy , 25 ans, de la R.P.R., vigneron, condamné par arrêt du Conseil souverain d'Alsace du 10/6/1687 pour tentative de fuite hors du royaume.

Philippe Braconnier
N° 9753

Courcelles-Chaussy

Tailleur âgé de 21 ans, bonne taille, cheveux clairs. Idem

David Husson
N° 9754

Courcelles-Chaussy

Jardinier âgé de 52 ans, taille petite, cheveux châtains. Idem

Pierre Claus
N° 9755

Montoy

Tonnelier âgé de 33 ans.Idem

Louis Toussaint
N° 9758

Lessy

Vigneron de la R.P.R., âgé de 19 ans, de bonne taille. Idem

Daniel Bertrand
N° 9761

Courcelles-Chaussy

Vigneron âgé de 38 ans. Idem

Jean Pacquot
N° 15642

Metz

Agé de 43 ans, fils de Moyse et de Sara Magnet, mari de Jeanne Jacquemin, bonne taille, cheveux chatains, yeux gris; cordonnier. Condamné par le Parlement de Metz le 14/2/1693. Capturé près de Mont-Royal avec François Thiriot du village de Nançois (Ligny-en-Barrois) alors qu'ils voulaient quitter le royaume. Jean Pacquot libéré le 16/2/1701.

Jacques Moré(Maurel)
N°24380

Metz

Cordonnier rue de la Chèvre, 45 ans, cheveux gris, bonne taille, condamné le 17/12/1699 par le Parlement de Metz. Il a été arrêté à Montoy alors qu'il s'apprêtait à fuir hors du  royaume en compagnie d'un garçon de 13 ans nommé Pierre Guérard qu'il a fait évader de la Maison de la Propagation de la Foi où il était enfermé depuis l'âge de 9 ans. Jacques Moré avait d'abord été condamné à être pendu sur la Place du Champ-à-Seille à Metz. Sa peine fut ensuite ramenée à celle des galères et Pierre Guérard reconduit à   la Propagation de la Foi.

Jean Flotte
N°24381
Mort à l'hôpital le 19/11/1703
Sur la "Vieille-Réale" et sur l'"Amazone"
Bastonnade le 30/9/1700

Courcelles-Chaussy

Le 15 décembre 1699 procès instruit à Metz contre Jean Flotte, chaumier et Isaac Maistrevallet, tailleur d'habits, demeurant tous les deux à Courcelles. Jean Flotte reconnaît avoir déguisé son nom, être sorti du royaume et y être rentré, avoir ramené un cheval qui a servi à la fuite d'un nouveau converti de Metz, de transporter des lettres et de l'argent entre les émigrés et leurs parents de France et même d'accompagner dans leur fuite d'autres religionnaires.
La bastonnade à bord des galères. L. Morel-Fatio 

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