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Les Huguenots du Pays messin au Refuge à Berlin

L'accueil

 

                                                                                          des réfugiés à Berlin

 

 

 

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 1)-L'édit de Potsdam en réponse à l'édit de Fontainebleau

 

 

 

France:

Louis XIV

(1638-1715)

 

 

   Par l'édit de Fontainebleau du 17 octobre 1685, Louis XIV révoque  celui  de Nantes d'avril 1598 par lequel Henri IV avait  accordé aux protestants la liberté de culte.
Clauses et conséquences de l'édit de révocation:
-1)Tous les temples du royaume sont démolis, y compris celui de  Courcelles-Chaussy.
-2)Tous les pasteurs (ministres du culte) doivent ou
abjurer  ou alors quitter la France pour l'étranger (Hollande, Angleterre, Allemagne, Suisse, pays où l'exercice de la religion calviniste est toléré).
Donc deux mesures
répressives qui visent à rendre impossible tout exercice du culte protestant en France et qui sont l'expression de l'absolutisme du régime monarchique  de Louis XIV puis de Louis XV .
 On parlera ainsi d'
intolérance religieuse de la part du gouvernement .


-3)A la différence des pasteurs, il est interdit aux fidèles protestants de France de fuir à l'étranger, les fugitifs qui sont arrêtés sont condamnés à des peines sévères: pour les hommes, les galères royales; pour les femmes et les enfants, l'enfermement  dans des couvents catholiques jusqu'à ce qu'ils abjurent, et pour tous, la confiscation de leurs biens (maisons, propriétés, terres...) au profit du roi. Pour les récits-témoignages  de tentatives de fuite de huguenots messins et courcellois, voir notre brochure "Les absents du royaume", Marie Dubois, Jean Olry et les autres..."
-4)De plus en plus de professions sont interdites aux protestants même avant la révocation de 1685: notaires, avocats, apothicaires, sages-femmes,chirugiens, médecins...sont interdits d'exercice, (situation semblable au XX è siècle lors de la montée du nazisme en Allemagne et de l' antisémitisme)
-5)Sous l'Ancien Régime, les prêtres tenaient les registres paroissiaux où étaient enregistrés les naissances, les décès et les mariages de toute une paroisse; ces registres étaient les seuls à faire office d'état civil; mais après la révocation, seuls les mariages faits à l'église catholique furent considérés comme légitimes et valables, si bien que les protestants du Pays messin qui allaient se marier en Allemagne: à Ludweiller , à Sarrebrück ou à Zweibrücken auprès de pasteurs, n'étaient pas reconnus comme des couples légitimes: les prêtres les traitaient alors de concubins, terme
infamant à l'époque et leurs enfants avaient le statut de  "bâtards". A ce titre, ils ne pouvaient pas hériter de leurs parents par exemple car ils n'avaient aucune existence légale.

-6)Autres termes méprisants à l'égard des protestants:
Le clergé catholique désignait les protestants qui avaient abjuré sous le terme de nouveaux convertis( N.C.)sachant qu'un nouveau converti ne l'était que de façade ; en clair, un
N.C. est un faux catholique qui reste protestant dans son âme même s'il va à la messe parce qu'il y est contraint. Autre terme usité,  synonyme du précédent mais à
connotation   péjorative:  le "religionnaire"
Enfin le culte protestant était désigné sous l'expression de "religion prétendue réformée"(la R.P.R.).expression visant à remettre en cause et à nier  la pensée du réformateur Jean Calvin considérée comme hérétique.
-7)Pour la répression , les violences physiques, les persécutions,
  les dragonnades, voir le site :

 

http://www.memoirehuguenote.com
         

     

                      Conclusion:

 

le dilemme des protestants


-Pour vivre en France et exercer leurs métiers, les protestants  doivent se convertir au catholicisme et donc renier leur foi;
 -Inversement, pour rester fidèles à leur religion, ils doivent fuir à l'étranger dans les pays où la religion protestante est tolérée, mais avec tous les risques qu'une fuite clandestine comporte tout en faisant le sacrifice de leurs biens qui seront confisqués . Est-il facile de quitter son pays et d'aller au devant d'une destinée pour le moins incertaine?

 

 

     Brandebourg-Prusse(Allemagne):

Le Grand Electeur de Brandebourg:
Frédéric Guillaume de Hohenzollern(1620-1688) 

 

 

    Bien avant la révocation de l'édit de Nantes,  l'attitude intolérante et répressive de Louis XIV vis à vis de ses sujets calvinistes  choquait  déjà  bien des puissances européennes protestantes, à commencer par le Grand Electeur Frédéric Guillaume de Hohenzollern, sachant que cette famille s'était convertie au protestantisme depuis 1613. Or, avant et après la révocation de l'édit de Nantes, un grand nombre de protestants français avaient pris et prirent le chemin de l'exil en dépit des risques encourus; c'est pourquoi le Grand Electeur s'offrit à les accueillir dans son pays en promulguant son édit de Potsdam dont voici le préambule : (édit rédigé dans les deux langues, française et allemande)


 

Edit de Potsdam
"Comme les persécutions qu'on exerce depuis quelque tempsen France contre ceux de la religion réformée (protestante) ont obligé bien des familles de sortir de ce royaume et de chercher à s'établir dans les pays étrangers, [...], par le présent édit nous avons bien voulu offrir aux Français une  
retraite sûre et libre dans toutes les terres te provinces de notre domination et leur déclarer de quels droits, franchises et avantages nous prétendons les y faire jouïr pour les soulager..."

 


 

 

 

 Donné à Potsdam le 29 octobre 1685. Edit de Sa Sérénité Electorale de Brandebourg qui expose tous les Droits, Franchises et Privilèges que Sa dite Sérénité Electorale accordera aux Français de la religion Réformée, qui viendront s'établir dans ses Etats.

 

  La prise de position tolérante voire charitable du Grand Electeur de Brandebourg en faveur des fugitifs français s'explique aussi par le fait qu'en 1685 le Brandebourg ne s'était pas encore remis des ravages causés par la guerre de Trente Ans(1618-1648): le pays était dépeuplé, les campagnes abandonnées, le commerce et l'industrie ruinés.

   Or les fugitifs français qu'il accueillait étaient pour la plupart des hommes actifs, industrieux qui donneraient leurs talents et leur savoir-faire en échange d'un asile sûr et des avantages qui leur seraient accordés.

                            

Conclusion:

 

Deux monarques aux prises de position diamétralement opposées sur la question de la tolérance en matière de religion et de liberté de conscience.

 

2-) Les conditions de voyage

 

     Les protestants messins (comme ceux venant des autres provinces françaises) qui avaient fait le choix de tout quitter se heurtaient à des difficultés de tous ordres:
-
  Difficultés d'ordre moral: supporter un déracinement total, gérer la rupture avec un environnement familier, avec pour toute  perspective celle de terres lointaines et inconnues car à cette époque le Brandebourg n'avait pas la réputation d'une province aux moeurs très évoluées, ni au développement culturel aussi achevé que dans les autres pays du   Refuge comme l'Angleterre et les Provinces-Unies que les pasteurs  et hommes de lettres français choisissaient de préférence. Nous verrons dans la suite les raisons qui ont poussé les Messins à choisir le Brandebourg alors considéré comme terre inhospitalière.

-Difficultés d'ordre matériel: il leur fallait franchir clandestinement des frontières étroitement surveillées depuis la révocation de l'édit de Nantes et ne pas se faire prendre par les patrouilles en garnison sur les places fortes de la frontière des provinces de l'Est (Hombourg-Sarre) ni être dénoncés par des paysans catholiques à qui une prime était promise en cas d'arrestation de fugitifs. Le plus souvent, les protestants en fuite  recouraient aux services de passeurs qui se faisaient payer et qui ne se distinguaient pas toujours par leur honnêteté. On peut faire le parallèle avec le passage en zone libre des Juifs durant la seconde guerre mondiale .Une fois la frontière franchie, le chemin était encore long avant d'atteindre à pied ou en chariot le point d'établissement :(Metz-Berlin: 800 km).En cours de route, ils n'étaient pas à l'abri des bandits de grands chemins capables de les dépouiller de leurs biens et bagages.
-
Difficultés d'ordre physique: bien des réfugiés tombaient malades en cours de route ou encore mouraient tout simplement d'épuisement.


Musée huguenot de Bad Karlshafen-JVincler2005 

     En promulguant son édit, le Grand Electeur avait naturellement prévu toutes ces difficultés, c'est pourquoi tout avait été mis en oeuvre et en place préventivement pour atténuer la dureté des conditions de voyage aux fugitifs. Voilà ce que l'on peut lire dans l'édit à ce sujet: "Ceux qui sortiront par le Sedanais ou le Pays messin sont invités à venir à Francfort-sur-le-Main où notre résident  Mathieu Mérian les y attend pour leur fournir   subsides  et moyens de transport jusque dans le Brandebourg."

    En clair, on proposait aux réfugiés une étape intermédiaire à Francfort/Main qui devint ainsi une  plaque tournante sur le chemin de l'exil par où transitèrent environ 100.000 réfugiés venus de toute la France. La prise en charge même momentanée d'un si grand nombre de fugitifs fut une tâche écrasante à laquelle l'église française de Francfort / Main s'attela .  Les réfugiés venus demander l'aide promise dans l'édit de Potsdam étaient recensés et inscrits dans des registres où  300 Messins  sont ainsi répertoriés, leur nombre est relativement faible quand on sait que  1539 protestants de Metz et du pays messin partirent en Brandebourg, cela signifie tout simplement que la majorité d'entre eux ne sont pas passés par Francfort/ Main et ont emprunté d'autres itinéraires.A Francfort on soignait les malades jusqu'à ce que leur état de santé leur permît de reprendre la route, on les orientait vers leur point de chute définitif, on leur accordait des facilités d'acheminement, pas seulement vers Brandebourg et Berlin car d'autres choisissaient les Provinces-Unies ou encore l'Angleterre comme vu précédemment.

Voir à ce sujet le site du CNRS offrant une base de données du Refuge huguenot à l'adresse suivante:

http://cams-atid.ivry.cnrs.fr/

  Nous allons donc supposer que nos huguenots messins sont arrivés à bon port à Berlin...Sachant que les terres du Grand Electeur n'étaient pas d'un seul tenant mais dispersées comme le montre la carte ci-dessous, en sorte que les réfugiés venus de toute la France,  loin d'être tous rassemblés en Brandebourg et à Berlin , s'établirent dans tout cet espace.


 

 



Gravure de Jan Luyken-Les réfugiés continuent d'affluer à Berlin jusqu'au début du XVIII è siècle

(Musée huguenot de Bad Karlshafen)

Jan Luyken (1649-1712), artiste et poète né à Amsterdam, fut un très important graveur. Son art se distingue par sa précision et son sens du détail.  

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