Les Huguenots du Pays messin au Refuge en Hesse

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1- Des contes de Madame d'Aulnoy à ceux des frères Grimm ...pourquoi tant de similitudes?

 

-1-

Madame d'Aulnoy (1650-1705)
M arie-Catherine Le Jumel de Barneville-Baronne d'Aulnoy .(Exposition Bibliothèque Nationale de France-Contes)

  Le chaînon manquant:
Dorothée Viehmann (née Pierson), la descendante d' Isaac Pierson, famille messine réfugiée en Hesse à la révocation
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  Dorothée Viehmann est née le 8/11/1755 près de Cassel. Son arrière-grand-père paternel, Isaac Pierson né à Metz (1655-1741) fit partie des premières vagues de réfugiés qui gagnèrent la Hesse. Il s'établit dans la colonie de Schöneberg près de Hofgeismar(voir carte ci-dessous). Son grand-père, Jean-Frédéric Pierson(1697-1777) devient hôtelier e t son père, Jean Frédéric Isaac Pierson (1734-1798) dirige l'auberge de la "Knallhütte"où Dorothée a grandi.Elle épouse en 1777 le tailleur d'habits Nicolas Viehmann et meurt à Niederzwehren-Cassel le 17 /11/1815. 

 

 

-2-

 

Les frères Grimm
-Jacob Grimm né à Hanau (en Hesse, voir carte ci-dessous)en 1785, meurt à Berlin en 1863.
-Wilhelm, né à Hanau en 1786, meurt à Berlin en 1859.

 

2)-Deux contes à comparer
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-Madame d'Aulnoy-
  (Extraits de"Le cabinet des fées", tome 1, contes de Madame d'Aulnoy, Editions Philippe Picquier)

"La chatte blanche"

" Il était une fois un roi qui avait trois fils bien faits et courageux; il eut peur que l'envie de régner ne leur prît avant sa mort. [...]Il pensa donc que le meilleur moyen de vivre en repos, c'était de les amuser par des promesses dont il saurait toujours éluder l'effet.
Il les appela dans son cabinet, et après leur avoir parlé avec beaucoup de bonté, il ajouta:
-Vous conviendrez avec moi, mes chers enfants, que mon grand âge  ne permet pas que je m'applique aux affaires de mon Etat avec autant de soin que je le faisais autrefois: je crains que mes sujets n'en souffrent, je veux mettre ma couronne sur la tête d'un de vous autres; mais il est bien juste que, pour un tel présent, vous cherchiez les moyens de me plaire, dans le dessein que j'ai de me retirer à la campagne. Il me semble qu'un petit chien adroit, joli et fidèle me tiendrait compagnie; de sorte que sans choisir mon fils aîné, plutôt que mon cadet, je vous déclare que celui des trois qui m'apportera le plus beau petit chien, sera aussitôt mon héritier. Ces princes demeurèrent surpris de l'inclination de leur père pour un petit chien, mais les deux cadets y pouvaient trouver leur compte, et ils acceptèrent avec plaisir la commission d'aller en chercher un; l'aîné était trop timide ou trop respectueux pour représenter ses droits. Ils prirent congé du roi; il leur donna de l'argent et des pierreries, ajoutant que dans un an sans y manquer ils revinssent, au même joir et à la même heure, lui apporter leurs petits chiens. [...]

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 Chacun prit une route différente: les deux aînés eurent beaucoup d'aventures mais je ne m'attache qu'à celles du cadet. Il était gracieux, il avait l'esprit gai et réjouissant, la tête admirable, beaucoup d'adresse dans tous les exercices qui conviennent à un prince. Il chantait agréablement, il touchait le luth et le théorbe avec une délicatesse qui charmait. Il savait peindre; en un mot, il était accompli; et pour sa valeur, elle allait jusques à l'intépidité.
 Il n'y avait guère de jours qu'il n'achetât des chiens, des lévriers, des dogues, liliers, chiens de chasse, épagneuls, barbets, bichons; dès qu'il en avait un beau, et qu'il en trouvait un plus beau, il laissait aller le premier pour garder l'autre. Il avançait toujours son chemin, n'ayant point déterminé jusques où il irait, lorsqu'il fut surpris de la nuit, du tonnerre et de la pluie dans une forêt dont il ne pouvait pas reconnaître les sentiers. Il prit le premier chemin, et après avoir marché longtemps, il arriva à la porte d'un château, le plus superbe qui se soit imaginé. Cette porte était d'or, couverte d'escarboucles, dont la lumière vive et pure éclairait tous les environs. Les murs étaient d'une porcelaine transparente, mêlée de plusieurs couleurs, qui représentaient l'histoire de toutes les fées, depuis la création du monde jusques alors; il revint à la porte d'or; il vit un pied de chevreuil attaché à une chaîne toute de diamant, il admira cette magnificence et la sécurité avec laquelle on vivait dans ce château. Car enfin, disait-il, qui empêche les voleurs de venir couper cette chaîne et d'arracher les escarboucles?
Il tira le pied de chevreuil et aussitôt il entendit sonner une cloche, au bout d'un moment la porte fut ouverte, sans qu'il aperçût autre chose qu'une douzaine de mains en l'air qui tenaient chacune un flambeau. Il demeura si surpris qu'il hésitait à avancer, quand il sentit d'autres mains qui le poussaient par derrière avec assez de violence.[...]Après avoir passé dans soixante chambres, les mains qui le conduisaient l'arrêtèrent; il vit un grand fauteuil de commodité qui s'approcha tout seul de la cheminée. En même temps le feu s'alluma, et les mains qui lui semblaient fort belles, blanches, petites et bien proportionnées, le déshabillèrent, car il était mouillé et l'on avait peur qu'il ne s'enrhumât. On lui présenta, sans qu'il vît personne, une chemise aussi belle que pour un jour de noces, avec une robe de chambre d'une étoffe glacée d'or. Après qu'on l'eut poudré, frisé, parfumé, les mains le conduisirent dans une salle superbe par ses dorures et ses meubles. Le couvert était mis, il y en avait deux. Le prince ne savait pas pour qui ces deux couverts étaient mis [...]Il rêvait aux différentes choses qui lui étaient arrivées dans ce château, lorsqu'il vit entrer une petite figure qui n'avait pas une coudée de haut. Cette bamboche se couvrait d'un long voile de crêpe noir. Deux chats la menaient, ils étaient vêtus de deuil, en manteau, l'épée au côté; un nombreux cortège de chats venait après; les uns portaient des artières pleines de rats, et les autres des souris dans des cages. Le prince ne sortait point d'étonnement; il ne savait que penser. La figurine noire s'approcha; et levant son voile, il aperçut la plus belle petite chatte blanche qui ait jamais été et qui sera jamais. Elle avait l'air fort jeune et fort triste; elle se mit à faire un miaulis si doux et si charmant, qu'il allait droit au coeur; elle dit au prince:
-Fils de roi, sois le bien venu, ma miaularde majesté te voit avec plaisir.
-Madame la chatte dit le prince, vous êtes bien généreuse de me recevoir avec tant d'accueil, mais vous ne me paraissez pas une bestiole ordinaire; le don que vous avez de la parole, et le superbe château que vous possédez , en sont des preuves assez évidentes.[...]
L'on apporta le souper. Les mains dont les corps étaient invisibles servaient. L'on mit d'abord sur la table deux bisques, l'une de pigeonneaux et l'autre de souris fort grasses. La vue de l'une empêcha le prince de manger de l'autre, mais la petite chatte qui devina par la mine qu'il faisait ce qu'il avait dans l'esprit, l'assura que sa cuisine était à part et qu'il pouvait manger de ce qu'on lui présenterait, avec certitude qu'il n'y aurait ni rats, ni souris. Le prince ne se le fit pas dire deux fois, croyant bien que la belle petite chatte ne voudrait pas le tromper. Il remarqua qu'elle avait à sa patte un portrait fait en table; cela le surprit. Il la pria de le lui montrer, croyant que c'était maître Minagrobis. Il fut bien étonné de voir un jeune homme si beau qu'il était à peine croyable que la nature en pût former un semblable, et qui lui ressemblait si fort, qu'on n'aurait pu le peindre mieux. Elle soupira, et devenant encore plus triste, elle garda un profond silence. Le prince vit bien qu'il y avait quelque chose d'extraordinaire là-dessous; cependant il n'osa s'en informer de peur de déplaire à la Chatte.[...]
Chatte blanche donna le bonsoir à son hôte. Le prince se coucha sans dire mot car il n'y avait pas moyen de faire la conversation avec les mains qui le servaient. Il dormit peu et fut réveillé par un bruit confus. Les mains aussitôt le tirèrent de son lit et lui mirent un habit de chasse. Il regarda dans la cour du château, il aperçut plus de cinq cents chats dont les uns menaient des lévriers en laisse, les autres sonnaient du cor. Chatte blanche allait à la chasse, elle voulait que le prince y vînt. La chasse étant finie, elle prit un cor qui était long comme le doigt, mais qui rendait un son si clair et si haut, qu'on l'entendait aisément de dix lieues. Dès qu'elle eut sonné deux ou trois fanfares, elle fut environnée de tous les chats du pays, elle retourna au château avec ce pompeux cortège et pria le prince d'y venir. Il le voulut bien, quoiqu'il lui semblât que tant de chatonnerie tenait un peu du sabbat et du sorcier et que la chatte parlante l'étonnât plus que tout le reste.
Dès qu'elle fut rentrée chez elle, on lui mit son grand voile noir; elle soupa avec le prince, il avait faim et mangea de bon appétit; l'on apporta des liqueurs dont il but avec plaisir, et sur-le-champ elles lui ôtèrent le souvenir du petit chien qu'il devait porter au roi. Il ne pensa plus qu'à miauler avec Chatte blanche, c'est à dire à lui tenir bonne et fidèle compagnie; il passait les jours en fêtes agréables, tantôt à la pêche, tantôt à la chasse. Le prince avait oublié jusques à son pays. Une année s'écoule bien vite quand on n'a ni souci ni peine, qu'on se réjouit et qu'on se porte bien. Chatte Blanche savait le temps où il devait retourner; et comme il n'y pensait plus, elle l'en fit souvenir.
-Sais-tu, dit-elle, que tu n'as que trois jours pour chercher le petit chien que le roi ton père souhaite et que tes frères en ont trouvé de fort beaux?
Le prince revint à lui et s'étonnant de sa négligence:
-Par quel charme secret, s'écria-t-il, ai-je oublié la chose au monde qui m'est la plus importante?Il y va de ma gloire et de ma fortune; où prendrai-je un chien tel qu'il le faut pour gagner un royaume , et un cheval assez diligent pour faire tant de chemin?
Il commença de s'inquiéter et s'affligea beaucoup.
Chatte blanche lui dit: -Fils de roi, ne te chagrine point, je suis de tes amies.............(à suivre)

-Les frères Grimm-
(Texte intégral, traduction de Felix Frank ; http://gallica.bnf.fr/  

"L'apprenti meunier et la petite chatte"
"Der arme Müllerbursch und das Kätzchen"

"Il était une fois trois garçons qui servaient dans un moulin où vivait un meunier sans femme ni enfants.
Lorsqu'ils eurent servi pendant quelques années, le meunier leur dit:
-Voyagez un peu, et celui qui me rapportera le plus beau cheval aura le moulin.
Le troisième garçon était le dernier valet, et il était regardé comme une bête par les autres, qui ne voulaient pas lui abandonner le moulin, dont plus tard il ne voulut pas lui-même.
Ils s'en allèrent donc tous trois ensemble, et devant le village les deux autres dirent à Hans:
-Tu pourrais bien  toujours rester, car de ta vie tu n'auras de cheval.
Hans partit pourtant avec eux et, la nuit venue, ils arrivèrent en face d'une caverne où ils entrèrent pour dormir. Nos deux sages attendirent que Hans fût endormi; puis ils se levèrent et s'éloignèrent , laissant le pauvre garçon tout seul et croyant agir ainsi avec beaucoup de finesse.
Ah!oui-da, compères, vous verrez ce qui vous adviendra! Quand le soleil se leva et que notre ami Hans se réveilla dans cette grande caverne, il regarda partout et s'écria:
- O mon Dieu! Où suis-je!
Puis, étant sorti de la caverne, il se mit à marcher dans la forêt, se disant:
-Comment vais-je trouver un cheval?
Comme il cheminait de la sorte, absorbé dans ses idées, il rencontra une petite chatte tigrée qui lui dit:

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-Hans, où vas-tu?
-Ah!tu ne peux m'aider!
-Je sais ce que tu cherches, répondit la chatte; tu veux avoir un beau cheval. Viens avec moi, et sois mon valet fidèle pendant sept  ans: je te donnerai un cheval plus beau que tu n'en as jamais vu de ta vie.
Et elle l'emmenadans son petit château enchanté où elle n'avait que de petites chattes pour servantes, sautant vite dans les escaliers, toujours lestes et joyeuses. Le soir, lorsqu(ils prirent place à table, deux chattes leur firent de la musique, l(une jouant de la basse, l'autre de la trompette en soufflant tant qu'elle pouvait.
Lorsqu'ils eurent dîné, on ôta la table, et la petite chatte dit:
-Viens, Hans, viens danser avec moi!
-Non! dit-il, je ne danserai pas avec une chatte, je n'ai jamais fait cela.
-Alors, allez le coucher, dit-elle aux chattes.
L'une d'elles le conduisit dans sa chambre à coucher, une autre lui ôta ses souliers, une troisième ses bas et enfin lui souffla la bougie. Le lendemain, elles revinrent et l'aidèrent à sortir du lit, lui remirent ses bas et ses jarretières; et tandis que l'une cherchait ses souliers, l'autre le débarbouillait et l'essuyait avec sa queue.
Mais il lui fallut aussi servir les chattes tous les jours: il coupait le bois avec une hache d'argent, les coins et la scie  étaient en argent et le maillet en cuivre. Il travaillait donc ainsi et restait à la maison, menant une bonne vie et ne voyant que la chatte et ses domestiques.Une fois, elle lui dit:
-Va couper l'herbe de ma prairie et fais la sécher.
Et elle lui donna une faux d'argent et une pierre à aiguiser en or, en lui recommandant de rendre le tout avec soin. Hans fit ce qu'elle lui avait prescrit; son travail fini, il lui rapporta au logis la faux, la pierre et l'herbe, et demanda à la chatte si elle ne voulait pas lui accorder sa récompense.
-Non, dit-elle, tu vas me faire encore une chose auparavant; voici du bois en argent pour bâtir, une hache, une équerre en argent et tout ce dont tu as besoin pour me construire une petite maison.
Hans bâtit la maison et dit que maintenant il avait tout fait, et que jusqu'à présent il n'avait pas encore de cheval; les sept années s'étaient écoulées comme sept mois. La chatte lui demanda s'il voulait voir les chevaux. "Oui, " dit Hans.
Elle ouvrit la porte de la maison; et quand celle-ci tourna sur le seuil, elle laissa voir douze chevaux si fiers, au poil si luisant, qu'on se sentait l'âme réjouie rien qu'à les regarder. La chatte lui offrit à boire et à manger et dit:
-Retourne chez toi, je ne te donne pas ton cheval, mais je viendrai te l'amener dans trois jours.
Hans s'en retourna donc chez lui et elle lui montra la route du moulin. Elle ne lui avait même pas donné un habit neuf, il repartit avec sa vieille petite blouse qu'il avait en arrivant et qui lui était devenue trop courte durant ces sept années. Lorsqu'il se présenta au logis, les deux autres garçons y  étaient déjà, chacun avec un cheval; mais le cheval de l'un était borgne et celui de l'autre, boiteux.
-Hans, demandèrent-ils, où est ton cheval?
-Il va me rejoindre dans trois jours.
Alors, ils se mirent à rire:
-Oui-da, maître Hans, où iras-tu prendre un cheval? Ce sera quelque chose de beau!
Le pauvre hère entra dans la chambre; mais le meunier lui dit qu'il était trop déguenillé et qu'on aurait honte de lui s'il venait quelqu'un. Il dut manger dehors, et le soir, quand ce fut l'heure de se coucher, les deux autres ne voulurent pas lui donner de lit, et il se retira enfin dans la crèche des oies avec un peu de paille.
Le lendemain, lorsqu'il s'éveilla, les trois jours étaient passés et l'on vit arriver une belle voiture traînée par six chevaux superbes au poil luisant et un valet qui en conduisait un septième destiné au garçon meunier. Une belle princesse sortit de la voiture et entra dans le moulin; et cette princesse était la belle petite chatte que Hans avait servie pendant sept années durant.
Elle demanda au meunier où était son garçon.
-Nous ne pouvons le faire entrer au moulin, dit-il, sa blouse est trop déchirée, il est dans la crèche des oies.
Mais la princesse insista pour qu'on l'allât chercher immédiatement; ce qui fut fait. En s'avançant, il ramenait sa blouse autour de lui pour se couvrir. Le domestique tira d'une malle de magnifiques habits; il lava le garçon meunier, le peigna, l'habilla, et lorsque notre homme fut prêt, un roi n'eût pu être plus beau que lui.
Puis la fille du roi voulut voir les chevaux des autres meuniers, l'un aveugle, l'autre borgne; et elle envoya chercher le septième cheval par son valet. Dès que le meunier l'eut aperçu, il s'écria que jamais pareil cheval n'avait paru dans sa cour.
-Eh bien, dit-elle, il est pour le troisième garçon.
-Alors, c'est lui qui aura le moulin, reprit le meunier.
Mais la princesse lui répondit que le cheval était à lui, et qu'il pouvait aussi garder son moulin; puis elle prit son fidèle Hans par la main, le fit asseoir dans sa voiture et l'emmena avec elle. Ils allèrent d'abord à la petite maison qu'il avait bâtie avec des outils en argent, et la maisonnettte était devenue un grand château où tout n'était qu'argent et or.
Là, maître Hans épousa la princesse et se trouva si riche, si riche qu'il se vit comblé pour la vie.
Ainsi ne doit-on jamais jurer que le plus bête ne deviendra pas un gros personnage."

 Fin

 Berlin 2006-Bebel Platz-photo J.Vincler

3)-Quelques mots sur les réfugiés en Hesse-Cassel

(Source: "Le refuge huguenot"-M.Magdelaine, R. von Thadden-1985-A.Colin)

Après le Brandebourg, la Hesse est la région d'Allemagne qui accueillit le plus grand nombre de réfugiés et ce, sous l'impulsion du landgrave Charles I er de Hesse(1677-1730).Ce dernier procéda comme l'Electeur de Brandebourg pour attirer les réfugiés dans ses états, il promulgua 3 chartes dont deux dès avant la révocation de l'Edit de Nantes; les privilèges, aides à la construction, franchises et autres avantages sont quasi semblables à ceux offerts par Frédéric Guillaume. Lui aussi a des agents recruteurs placés à Francfort/Main, par où transite le flot des réfugiés. Ceux qui choisissent la Hesse font le chemin à pied jusqu'à Cassel; mais la ville est bientôt saturée, il faut donc très vite abandonner l'idée d'une implantation strictement urbaine à Cassel et envisager la création de villages-colonies à la campagne. On a dénombré 27 implantations en milieu rural, comme à Mariendorf; Carlsdorf; Bad Karlshafen (actuel centre de généalogie et musée: http://www.hugenottenmuseum.de/ ); Gottstreu (au nom évocateur, mot à mot: fidélité à Dieu);  Gewissenruh (repos de la conscience), où les Jouvenal tiennent encore hôtellerie;  Kelze, avec l'auberge "Zum Jean Bonnet"sachant que leurs ancêtres résidaient à Vantoux près de Metz, etc...
Le souvenir des origines françaises y est très présent, il n'est pas un temple qui ne porte des inscriptions rappelant le passé:


" Les Français réfugiés pour la profession de l'Evangile ont élevé ce temple à l'honneur de Dieu par le charitable secours de Son Altesse Charles Prince et Landgrave de Hesse-Cassel qui les ayant miséricordieusement recueillis sous son ombre et n'ayant pas eu moins de soin du salut de leurs âmes que de l'entretien de leurs corps, mérite qu'ils fassent dans cette maison de prière et en tous les lieux des voeux ardents au ciel pour sa propérité et pour sa gloire. Année 1707"

- Temple de Carlsdorf-

Une partie du landgraviat de Hesse-Cassel et les implantations des réfugiés

Temple de Carlsdorf-juillet 2005-JVincler


  4)-Dorothée Viehmann et les frères Grimm

Nous avons une source merveilleuse, une vieille femme de Kassel-Niederzwehren, qui sait beaucoup de choses et raconte très bien.. ."Ainsi parlait Wilhelm Grimm de Dorothée Viehmann en 1813. Les frères Grimm lui doivent 19 de leurs plus beaux contes. Mais lorsqu'ils menèrent dans la vallée de la Weser leur enquête orale afin de  recueillir les contes populaires qu'ils croyaient d'origine et de tradition authentiquement allemandes, et surtout lorsqu'ils se tournèrent vers la conteuse Dorothée Viehman, ils ne se sont pas aperçus que l'essentiel de ce qu'elle leur transmettait était d'origine française.
Voir à ce sujet le très beau site allemand à l'adresse suivante:

http://www.brauhaus-knallhuette.de

 

Les frères Grimm recueillant la tradition orale des contes auprès de Dorothée Viehmann

Dorothée Viehmann et les frères Grimm

          -Avait-elle seulement connaissance de ses origines françaises et messines? Car plus d'un siècle après la révocation, les descendants de réfugiés s'étaient fondus dans la population de souche allemande et la mémoire huguenote tombait dans l'oubli d'autant plus que la réorganisation administrative qui eut lieu en Allemagne dès le  début du XIX è siècle supprimait tous les privilèges accordés précédemment aux réfugiésdans les édits et les chartes; ainsi leurs descendants devenaient -ils des citoyens allemands comme les autres.
         -Quant à la langue française, elle n'était plus guère utilisée sinon dans les milieux intellectuels ou lors des cultes. Dans les milieux populaires, elle fut inexorablement corrompue et déformée par l'adjonction de termes allemands. Assimilation oblige...

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