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-Madame
d'Aulnoy-
(Extraits de"Le cabinet
des fées", tome 1, contes
de Madame d'Aulnoy,
Editions Philippe
Picquier)
"La
chatte blanche"
"
Il était une fois un roi
qui avait trois fils bien
faits et courageux; il eut
peur que l'envie de régner
ne leur prît avant sa
mort. [...]Il pensa donc
que le meilleur moyen de
vivre en repos, c'était de
les amuser par des
promesses dont il saurait
toujours éluder
l'effet.
Il les appela dans son
cabinet, et après leur
avoir parlé avec beaucoup
de bonté, il ajouta:
-Vous conviendrez avec
moi, mes chers enfants,
que mon grand âge ne
permet pas que je
m'applique aux affaires de
mon Etat avec autant de
soin que je le faisais
autrefois: je crains que
mes sujets n'en souffrent,
je veux mettre ma couronne
sur la tête d'un de vous
autres; mais il est bien
juste que, pour un tel
présent, vous cherchiez
les moyens de me plaire,
dans le dessein que j'ai
de me retirer à la
campagne. Il me semble
qu'un petit chien adroit,
joli et fidèle me
tiendrait compagnie; de
sorte que sans choisir mon
fils aîné, plutôt que mon
cadet, je vous déclare que
celui des trois qui
m'apportera le plus beau
petit chien, sera aussitôt
mon héritier. Ces princes
demeurèrent surpris de
l'inclination de leur père
pour un petit chien, mais
les deux cadets y
pouvaient trouver leur
compte, et ils acceptèrent
avec plaisir la commission
d'aller en chercher un;
l'aîné était trop timide
ou trop respectueux pour
représenter ses droits.
Ils prirent congé du roi;
il leur donna de l'argent
et des pierreries,
ajoutant que dans un an
sans y manquer ils
revinssent, au même joir
et à la même heure, lui
apporter leurs petits
chiens.
[...]
Chacun prit une
route différente: les deux
aînés eurent beaucoup
d'aventures mais je ne
m'attache qu'à celles du
cadet. Il était gracieux,
il avait l'esprit gai et
réjouissant, la tête
admirable, beaucoup
d'adresse dans tous les
exercices qui conviennent
à un prince. Il chantait
agréablement, il touchait
le luth et le théorbe avec
une délicatesse qui
charmait. Il savait
peindre; en un mot, il
était accompli; et pour sa
valeur, elle allait
jusques à
l'intépidité.
Il n'y avait guère
de jours qu'il n'achetât
des chiens, des lévriers,
des dogues, liliers,
chiens de chasse,
épagneuls, barbets,
bichons; dès qu'il en
avait un beau, et qu'il en
trouvait un plus beau, il
laissait aller le premier
pour garder l'autre. Il
avançait toujours son
chemin, n'ayant point
déterminé jusques où il
irait, lorsqu'il fut
surpris de la nuit, du
tonnerre et de la pluie
dans une forêt dont il ne
pouvait pas reconnaître
les sentiers. Il prit le
premier chemin, et après
avoir marché longtemps, il
arriva à la porte d'un
château, le plus superbe
qui se soit imaginé. Cette
porte était d'or, couverte
d'escarboucles, dont la
lumière vive et pure
éclairait tous les
environs. Les murs étaient
d'une porcelaine
transparente, mêlée de
plusieurs couleurs, qui
représentaient l'histoire
de toutes les fées, depuis
la création du monde
jusques alors; il revint à
la porte d'or; il vit un
pied de chevreuil attaché
à une chaîne toute de
diamant, il admira cette
magnificence et la
sécurité avec laquelle on
vivait dans ce château.
Car enfin, disait-il, qui
empêche les voleurs de
venir couper cette chaîne
et d'arracher les
escarboucles?
Il tira le pied de
chevreuil et aussitôt il
entendit sonner une
cloche, au bout d'un
moment la porte fut
ouverte, sans qu'il
aperçût autre chose qu'une
douzaine de mains en l'air
qui tenaient chacune un
flambeau. Il demeura si
surpris qu'il hésitait à
avancer, quand il sentit
d'autres mains qui le
poussaient par derrière
avec assez de
violence.[...]Après avoir
passé dans soixante
chambres, les mains qui le
conduisaient l'arrêtèrent;
il vit un grand fauteuil
de commodité qui
s'approcha tout seul de la
cheminée. En même temps le
feu s'alluma, et les mains
qui lui semblaient fort
belles, blanches, petites
et bien proportionnées, le
déshabillèrent, car il
était mouillé et l'on
avait peur qu'il ne
s'enrhumât. On lui
présenta, sans qu'il vît
personne, une chemise
aussi belle que pour un
jour de noces, avec une
robe de chambre d'une
étoffe glacée d'or. Après
qu'on l'eut poudré, frisé,
parfumé, les mains le
conduisirent dans une
salle superbe par ses
dorures et ses meubles. Le
couvert était mis, il y en
avait deux. Le prince ne
savait pas pour qui ces
deux couverts étaient mis
[...]Il rêvait aux
différentes choses qui lui
étaient arrivées dans ce
château, lorsqu'il vit
entrer une petite figure
qui n'avait pas une coudée
de haut. Cette bamboche se
couvrait d'un long voile
de crêpe noir. Deux chats
la menaient, ils étaient
vêtus de deuil, en
manteau, l'épée au côté;
un nombreux cortège de
chats venait après; les
uns portaient des artières
pleines de rats, et les
autres des souris dans des
cages. Le prince ne
sortait point
d'étonnement; il ne savait
que penser. La figurine
noire s'approcha; et
levant son voile, il
aperçut la plus belle
petite chatte blanche qui
ait jamais été et qui sera
jamais. Elle avait l'air
fort jeune et fort triste;
elle se mit à faire un
miaulis si doux et si
charmant, qu'il allait
droit au coeur; elle dit
au prince:
-Fils de roi, sois le
bien venu, ma miaularde
majesté te voit avec
plaisir.
-Madame la chatte dit le
prince, vous êtes bien
généreuse de me recevoir
avec tant d'accueil, mais
vous ne me paraissez pas
une bestiole ordinaire; le
don que vous avez de la
parole, et le superbe
château que vous possédez
, en sont des preuves
assez évidentes.[...]
L'on apporta le souper.
Les mains dont les corps
étaient invisibles
servaient. L'on mit
d'abord sur la table deux
bisques, l'une de
pigeonneaux et l'autre de
souris fort grasses. La
vue de l'une empêcha le
prince de manger de
l'autre, mais la petite
chatte qui devina par la
mine qu'il faisait ce
qu'il avait dans l'esprit,
l'assura que sa cuisine
était à part et qu'il
pouvait manger de ce qu'on
lui présenterait, avec
certitude qu'il n'y aurait
ni rats, ni souris. Le
prince ne se le fit pas
dire deux fois, croyant
bien que la belle petite
chatte ne voudrait pas le
tromper. Il remarqua
qu'elle avait à sa patte
un portrait fait en table;
cela le surprit. Il la
pria de le lui montrer,
croyant que c'était maître
Minagrobis. Il fut bien
étonné de voir un jeune
homme si beau qu'il était
à peine croyable que la
nature en pût former un
semblable, et qui lui
ressemblait si fort, qu'on
n'aurait pu le peindre
mieux. Elle soupira, et
devenant encore plus
triste, elle garda un
profond silence. Le prince
vit bien qu'il y avait
quelque chose
d'extraordinaire
là-dessous; cependant il
n'osa s'en informer de
peur de déplaire à la
Chatte.[...]
Chatte blanche donna le
bonsoir à son hôte. Le
prince se coucha sans dire
mot car il n'y avait pas
moyen de faire la
conversation avec les
mains qui le servaient. Il
dormit peu et fut réveillé
par un bruit confus. Les
mains aussitôt le tirèrent
de son lit et lui mirent
un habit de chasse. Il
regarda dans la cour du
château, il aperçut plus
de cinq cents chats dont
les uns menaient des
lévriers en laisse, les
autres sonnaient du cor.
Chatte blanche allait à la
chasse, elle voulait que
le prince y vînt. La
chasse étant finie, elle
prit un cor qui était long
comme le doigt, mais qui
rendait un son si clair et
si haut, qu'on l'entendait
aisément de dix lieues.
Dès qu'elle eut sonné deux
ou trois fanfares, elle
fut environnée de tous les
chats du pays, elle
retourna au château avec
ce pompeux cortège et pria
le prince d'y venir. Il le
voulut bien, quoiqu'il lui
semblât que tant de
chatonnerie tenait un peu
du sabbat et du sorcier et
que la chatte parlante
l'étonnât plus que tout le
reste.
Dès qu'elle fut rentrée
chez elle, on lui mit son
grand voile noir; elle
soupa avec le prince, il
avait faim et mangea de
bon appétit; l'on apporta
des liqueurs dont il but
avec plaisir, et
sur-le-champ elles lui
ôtèrent le souvenir du
petit chien qu'il devait
porter au roi. Il ne pensa
plus qu'à miauler avec
Chatte blanche, c'est à
dire à lui tenir bonne et
fidèle compagnie; il
passait les jours en fêtes
agréables, tantôt à la
pêche, tantôt à la chasse.
Le prince avait oublié
jusques à son pays. Une
année s'écoule bien vite
quand on n'a ni souci ni
peine, qu'on se réjouit et
qu'on se porte bien.
Chatte Blanche savait le
temps où il devait
retourner; et comme il n'y
pensait plus, elle l'en
fit souvenir.
-Sais-tu, dit-elle, que
tu n'as que trois jours
pour chercher le petit
chien que le roi ton père
souhaite et que tes frères
en ont trouvé de fort
beaux?
Le prince revint à lui et
s'étonnant de sa
négligence:
-Par quel charme secret,
s'écria-t-il, ai-je oublié
la chose au monde qui
m'est la plus
importante?Il y va de ma
gloire et de ma fortune;
où prendrai-je un chien
tel qu'il le faut pour
gagner un royaume , et un
cheval assez diligent pour
faire tant de chemin?
Il commença de
s'inquiéter et s'affligea
beaucoup.
Chatte blanche lui dit:
-Fils de roi, ne te
chagrine point, je suis de
tes amies.............(à
suivre)
|
-Les frères
Grimm-
(Texte intégral,
traduction de Felix Frank
;
http://gallica.bnf.fr/
"L'apprenti
meunier et la petite
chatte"
"Der arme Müllerbursch
und das Kätzchen"
"Il était une fois trois
garçons qui servaient dans
un moulin où vivait un
meunier sans femme ni
enfants.
Lorsqu'ils eurent servi
pendant quelques années,
le meunier leur dit:
-Voyagez un peu, et celui
qui me rapportera le plus
beau cheval aura le
moulin.
Le troisième garçon était
le dernier valet, et il
était regardé comme une
bête par les autres, qui
ne voulaient pas lui
abandonner le moulin, dont
plus tard il ne voulut pas
lui-même.
Ils s'en allèrent donc
tous trois ensemble, et
devant le village les deux
autres dirent à Hans:
-Tu pourrais bien
toujours rester, car
de ta vie tu n'auras de
cheval.
Hans partit pourtant avec
eux et, la nuit venue, ils
arrivèrent en face d'une
caverne où ils entrèrent
pour dormir. Nos deux
sages attendirent que Hans
fût endormi; puis ils se
levèrent et s'éloignèrent
, laissant le pauvre
garçon tout seul et
croyant agir ainsi avec
beaucoup de finesse.
Ah!oui-da, compères, vous
verrez ce qui vous
adviendra! Quand le soleil
se leva et que notre ami
Hans se réveilla dans
cette grande caverne, il
regarda partout et
s'écria:
- O mon Dieu! Où
suis-je!
Puis, étant sorti de la
caverne, il se mit à
marcher dans la forêt, se
disant:
-Comment vais-je trouver
un cheval?
Comme il cheminait de la
sorte, absorbé dans ses
idées, il rencontra une
petite chatte tigrée qui
lui dit:
-Hans, où vas-tu?
-Ah!tu ne peux
m'aider!
-Je sais ce que tu
cherches, répondit la
chatte; tu veux avoir un
beau cheval. Viens avec
moi, et sois mon valet
fidèle pendant sept
ans: je te donnerai
un cheval plus beau que tu
n'en as jamais vu de ta
vie.
Et elle l'emmenadans son
petit château enchanté où
elle n'avait que de
petites chattes pour
servantes, sautant vite
dans les escaliers,
toujours lestes et
joyeuses. Le soir,
lorsqu(ils prirent place à
table, deux chattes leur
firent de la musique,
l(une jouant de la basse,
l'autre de la trompette en
soufflant tant qu'elle
pouvait.
Lorsqu'ils eurent dîné,
on ôta la table, et la
petite chatte dit:
-Viens, Hans, viens
danser avec moi!
-Non! dit-il, je ne
danserai pas avec une
chatte, je n'ai jamais
fait cela.
-Alors, allez le coucher,
dit-elle aux chattes.
L'une d'elles le
conduisit dans sa chambre
à coucher, une autre lui
ôta ses souliers, une
troisième ses bas et enfin
lui souffla la bougie. Le
lendemain, elles revinrent
et l'aidèrent à sortir du
lit, lui remirent ses bas
et ses jarretières; et
tandis que l'une cherchait
ses souliers, l'autre le
débarbouillait et
l'essuyait avec sa
queue.
Mais il lui fallut aussi
servir les chattes tous
les jours: il coupait le
bois avec une hache
d'argent, les coins et la
scie étaient en
argent et le maillet en
cuivre. Il travaillait
donc ainsi et restait à la
maison, menant une bonne
vie et ne voyant que la
chatte et ses
domestiques.Une fois, elle
lui dit:
-Va couper l'herbe de ma
prairie et fais la
sécher.
Et elle lui donna une
faux d'argent et une
pierre à aiguiser en or,
en lui recommandant de
rendre le tout avec soin.
Hans fit ce qu'elle lui
avait prescrit; son
travail fini, il lui
rapporta au logis la faux,
la pierre et l'herbe, et
demanda à la chatte si
elle ne voulait pas lui
accorder sa
récompense.
-Non, dit-elle, tu vas me
faire encore une chose
auparavant; voici du bois
en argent pour bâtir, une
hache, une équerre en
argent et tout ce dont tu
as besoin pour me
construire une petite
maison.
Hans bâtit la maison et
dit que maintenant il
avait tout fait, et que
jusqu'à présent il n'avait
pas encore de cheval; les
sept années s'étaient
écoulées comme sept mois.
La chatte lui demanda s'il
voulait voir les chevaux.
"Oui, " dit Hans.
Elle ouvrit la porte de
la maison; et quand
celle-ci tourna sur le
seuil, elle laissa voir
douze chevaux si fiers, au
poil si luisant, qu'on se
sentait l'âme réjouie rien
qu'à les regarder. La
chatte lui offrit à boire
et à manger et dit:
-Retourne chez toi, je ne
te donne pas ton cheval,
mais je viendrai te
l'amener dans trois
jours.
Hans s'en retourna donc
chez lui et elle lui
montra la route du moulin.
Elle ne lui avait même pas
donné un habit neuf, il
repartit avec sa vieille
petite blouse qu'il avait
en arrivant et qui lui
était devenue trop courte
durant ces sept années.
Lorsqu'il se présenta au
logis, les deux autres
garçons y étaient
déjà, chacun avec un
cheval; mais le cheval de
l'un était borgne et celui
de l'autre, boiteux.
-Hans, demandèrent-ils,
où est ton cheval?
-Il va me rejoindre dans
trois jours.
Alors, ils se mirent à
rire:
-Oui-da, maître Hans, où
iras-tu prendre un cheval?
Ce sera quelque chose de
beau!
Le pauvre hère entra dans
la chambre; mais le
meunier lui dit qu'il
était trop déguenillé et
qu'on aurait honte de lui
s'il venait quelqu'un. Il
dut manger dehors, et le
soir, quand ce fut l'heure
de se coucher, les deux
autres ne voulurent pas
lui donner de lit, et il
se retira enfin dans la
crèche des oies avec un
peu de paille.
Le lendemain, lorsqu'il
s'éveilla, les trois jours
étaient passés et l'on vit
arriver une belle voiture
traînée par six chevaux
superbes au poil luisant
et un valet qui en
conduisait un septième
destiné au garçon meunier.
Une belle princesse sortit
de la voiture et entra
dans le moulin; et cette
princesse était la belle
petite chatte que Hans
avait servie pendant sept
années durant.
Elle demanda au meunier
où était son garçon.
-Nous ne pouvons le faire
entrer au moulin, dit-il,
sa blouse est trop
déchirée, il est dans la
crèche des oies.
Mais la princesse insista
pour qu'on l'allât
chercher immédiatement; ce
qui fut fait. En
s'avançant, il ramenait sa
blouse autour de lui pour
se couvrir. Le domestique
tira d'une malle de
magnifiques habits; il
lava le garçon meunier, le
peigna, l'habilla, et
lorsque notre homme fut
prêt, un roi n'eût pu être
plus beau que lui.
Puis la fille du roi
voulut voir les chevaux
des autres meuniers, l'un
aveugle, l'autre borgne;
et elle envoya chercher le
septième cheval par son
valet. Dès que le meunier
l'eut aperçu, il s'écria
que jamais pareil cheval
n'avait paru dans sa
cour.
-Eh bien, dit-elle, il
est pour le troisième
garçon.
-Alors, c'est lui qui
aura le moulin, reprit le
meunier.
Mais la princesse lui
répondit que le cheval
était à lui, et qu'il
pouvait aussi garder son
moulin; puis elle prit son
fidèle Hans par la main,
le fit asseoir dans sa
voiture et l'emmena avec
elle. Ils allèrent d'abord
à la petite maison qu'il
avait bâtie avec des
outils en argent, et la
maisonnettte était devenue
un grand château où tout
n'était qu'argent et
or.
Là, maître Hans épousa la
princesse et se trouva si
riche, si riche qu'il se
vit comblé pour la
vie.
Ainsi ne doit-on jamais
jurer que le plus bête ne
deviendra pas un gros
personnage."
Fin
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